TUNISIE I : PREMIER séjour en 1965-67

Carnet de voyage à Tunis

SÉJOUR en TUNISIE durant 4 ans comme coopérant canadien
Posté par Tivon le 13 novembre 2009 - Tunis - 0 photos

NOTE AU LECTEUR INTERNAUTE


Ce récit/reportage se veut une sorte de journal de bord décrivant un long séjour vécu au quotidien, et non pas dans une ambiance de passe-temps touristique. Ses visions et observations, parce que tirées d'un vécu prolongé dans le cours d'une vie normale, ne sont ni embellies, ni déformées; au contraire, elles reflètent généralement la réalité du citoyen dédié à une population autochtone qu'il veut servir par le biais de ses compétences professionnelles.


D'autre part, nous soulignons aussi que les événements racontés se situent entre les années 1966 et 1972. La Tunisie venait tout juste d'arracher pacifiquement son indépendance. La jeune république et ex-colonie française, dirigée alors par l'énergique jeune Président Habib BOURGUIBA, émergeait,soudain, empreinte de diverses cultures (carthaginoise, arabe, israélite, française et italienne etc) et religieuses (islamique, chrétienne, juive).


Dotée d'un important contingent de 40 Canadiens de diverses compétences en enseignement, médecine et agriculture (qui auront atteint les 400 en 1970), la Tunisie venait donc de se donner des instruments pour se distancer de la France coloniale de jadis, s'assurant ainsi une liberté d'action inéluctable pour une authenticité nationale tant souhaitée et recherchée depuis des années.


Voilà le cadre dans lequel se dérouleront les divers récits de ce long voyage et séjour de 4 ans. Les photos numériques n'existant pas alors, on ne sera pas surpris du peu de documents visuels accompagnant les faits ou événements de l'époque; sans compter que, en plus, les diapositives de jadis ne sont pas recevables ici. Toutefois, nous nous permettrons d'insérer ici et là des clichés concordants et toujours actuels (monuments, panoramas,etc).


Une chose sûre, les lecteurs devraient tirer de ces lectures de voyages, excursions et notes de parcours des infos propres à mieux percevoir et comprendre la Tunisie d'aujourd'hui, par-delà l'oeil du touriste un peu rétréci hélas dans sa vision des choses, des gens et du monde...


Nous vous souhaitons un bon séjour en notre compagnie.


TIVON

Durée : 720 jours ( du 01/10/2009 au 20/09/2011)
Zone : Tunis (+ de carnets de voyage) (Carnet sélectionné)[?]
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Tivon
Carnet de voyage créé par Tivon
Le 25 novembre 2009

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UN LONG SÉJOUR INOPINÉ À TUNIS

NOUS SOMMES EN AOÛT 1965

Après plusieurs mois de préparation (lectures, séminaires, animation) et quelques semaines de préparatifs (entreposage des effets personnels,expédition de biens et équipements par bateau vers les pays d'affectation), un groupe de 40 familles canadiennes quittent Montréal avec un sentiment ambivalent d'enthousiasme et d'appréhension. De folie d'abord, devant la perspective de découvrir le monde, plus particulièrement un nouveau pays, le MAROC, durant 2 ans. D'inquiétude aussi, originant d'une indicible peur de faire face à l'inconnu culturel (arabe), religieux (islamiste) et géographique (climat,désert etc).
En plus, tout ce beau monde vient de quitter un pays, une maison, des familles et un confort avec femmes et enfants. Un défi d'autant plus harassant que le/la coopérant(e) affecté(e)et, généralement chef de famille, n'a pu se rendre préalablement en éclaireur(e)dans la nouvelle patrie imposéepour connaître le terrain, pour explorer en vue de faire les premiers choix.

PREMIÈRE MÉSAVENTURE

Mais, surtout, cette insidieuse crainte avait augmenté de façon exponentielle depuis les 3 dernières semaines précédant notre départ annoncé. En effet, l'ACDI (Agence canadienne de développement international) qui nous avait engagés, venait tout juste de nous muter de pays: car, nous étions initialement assignés à un mandat au Maroc, pays alors indépendant depuis 15-20 ans, bien connu de tous et toutes, par la culture, les nouvelles et par de nombreuses lectures et séminaires préparatoires durant les précédentes semaines. Or, des difficultés de négociation de dernière heure avait conduit à un arrêt inopiné des procédures. Ce qui avait provoqué notre permutation d'affectation en Tunisie plutôt qu'au Maroc. Pour clore le tout, tous les biens et équipements des familles, enfermés dans d'immenses containers, étaient en route pour le Maroc...
On peut imaginer, d'ici, l'instabilité morale de tous et chacun. Presqu'à la veille du départ pour le Maroc, il nous fallait, soudain, reformater notre vision des prochains lendemains, sinon culturellement (les 2 pays étant de mêmes souches arabe et islamique), du moins géographiquement et économiquement distincts, le Maroc étant plus moderne et économiquement bien lié à l'Europe.

Puis vient le départ le 04 septembre 1965.

De nombreuses questions trottent dans la tête des jeunes aventuriers qu'on vient de faire déjà de nous. Que sera d'abord l'envolée? Comment serons-nous accueillis là-bas? Surtout, de quoi seront faits nos jours, nos semaines, nos 2 prochaines années?

Nous voilà donc en route pour la Tunisie!

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ÉTABLISSEMENT PROVISOIRE À TUNIS

SEMAINE du 08 au 15 septembre 1965

NOTRE NOUVELLE PATRIE

Après une correspondance épuisante d'un jour à Paris, tous s'envolent vers TUNIS, capitale de Tunisie, qu'on nous disait intéressante et vivante. C'était déjà rassurant pour les nouveaux citoyens que nous allions devenir.
Après deux heures et demie de vol, nous voilà survolant une ville toute blanche sur les bords d'une immense baie, elle-même donnant sur le bleu méditerranéen. Premier coup d'oeil superbe, je dois dire!
Une colline avec de larges et nombreux édifices qu'il me sera bientôt donné de connaître, les ministères de l'éducation, de l'habitation et des affaires étrangères. Puis, plus loin vers le sud, mais à une vingtaine de kilomètres, une montagne, près de laquelle j'allais habiter, le BOUHKORNINE, près du village d'EZ ZAHRA, quelques années plus tard, lors de ma seconde affectation en 1970-72.

NOTRE ARRIVÉE DANS LA CAPITALE et IMPRESSIONS PREMIÈRES

Notre débarquement sur le sol tunisien se fit calmement et assez rapidement, compte tenu de la fatigue cumulée, des bagages multiples à contrôler et du nombre d'enfants à surveiller. D'ailleurs, des officiers canadiens venus expressément de l'Ambassade de BERNE en Suisse (il n'y avait pas encore d'ambassade canadienne à l'époque à Tunis!) étaient là pour nous recevoir. Accueil rassurant tout à fait bienvenu, je me rappelle, pour le groupe soudain immergé dans un décors aussi étrange (costumes, langue, musique tonitruante de l'aérogare etc).
Clopin-clopant, un car fatigué nous conduisit vers la capitale de Tunis, située à 37km de là.

Je nous revois encore tous et toutes rivés sur les fenêtres salies du bus qui filait rondement sur l'autoroute à 2 voies (sic!). Nos yeux gobaient pour ainsi dire les paysages qui défilaient à l'extérieur: ici les maisons blanchies à la chaux, là les ateliers et commerces délabrés, à tout moment un âne lourdement chargé soit d'un barillet, soit d'un fagot, ou encore un troupeau nonchalant suivi de son berger. Mais, ce qui nous surprenait surtout, c'était cette nature nouveau format que nous avaient seuls jusqu'alors présentée quelques pages dessinées de notre enfance ou encore le cinéma d'action.

Puis, ô consternation, nous ne pûmes empêcher l'embarras et l'inconfort nous envahir en voyant des silhouettes blanches et légères déambuler sur les routes, et, bientôt, dans les rues achalandées de la ville tonitruante dont nous approchions. Ces silhouettes blanches, parfois noires aussi, flottaient presque au-dessus du sol; on voyait tout au plus des pieds de chair sautiller sur le bitume, parfois des mains nues s'agiter à mi-hauteur, puis un bout de nez et des yeux de marbre noir surgir d'une fente à travers le voile...

Étrange spectacle de fantômes se faufilant les uns au milieu des autres, vite devenu une obsession pour nous au cours des jours d'intégration qui allaient suivre...durant des semaines et des mois plutôt!

ÉTABLISSEMENT PROVISOIRE À L'HÔTEL TRANSATLANTIQUE!!!

La circulation se faisait de plus en plus dense et lente, les autos plus nombreuses et particulièrement vieilles. Les files de tacots menues et épuisées par les années s'emmêlaient dans les groupuscules innombrables de piétons indisciplinés qui tentaient de se faufiler pour traverser une rue, un boulevard, une place etc. Si peu de feux de circulation à travers cela, ce qui provoquait évidemment embouteillages, ralentissements et confusions.Nous ne pouvions croire que nous allions en sortir et y arriver, sans avoir écrasé quelques corps humains ou bêtes de somme!

Avec des boules dans l'estomac, nous sommes finalement arrivés en plein centre-ville où l'Hôtel Transatlantique se trouvait, au carrefour des Avenues de Paris et du Boulevard de Habib Bourguiba (qui allait devenir pour ainsi dire le terrain de jeu et des rencontres sociales pour les membres du régiment canadien nouvellement établi).

CONFORT MODESTE DE L'HÉBERGEMENT

Disons-le tout de suite, notre hôtel Transatlantique, nous a surpris et remués avec son apparence typique (colonnades en arabesques, arcades aux fenêtres), son immense salon avec boiseries aux coloris exhubérants; mais, nous allions vite constaté en plus que son confort était modeste avec ses 3*** de 1964, douteuses quant à moi! Les chambres, ou plutôt alcôves, pouvaient accueillir à peine 2 personnes avec peu de bagages. On entendait les enfants pleurnicher à tous moments du jour et de la nuit, et souventes fois les couples discuter intensément de leurs problèmes d'intégration et d'établissement. Un vrai confessionnal, je vous dis, que cet hôtel aussi bruyant que les boulevards d'à côté!

Nous comprîmes vite qu'il serait urgent de nous établir dans notre chez-nous rapidement pour nous éviter les ennuis d'une telle exiguité et promiscuité avec la foule dont nous faisions partie...

LOISIRS INTÉRIMAIRES

Le quotidien des premiers jours et des 2 premières semaines furent, bien sûr, consacrées à la connaissance du milieu, à l'adaptation socio-culturelle, tout cela à travers des visites ou excursions qu'il nous était donné de réaliser particulièrement lors de weekends prolongés. Me viennent encore à l'esprit des visites mémorables que nous avons trop rapidement faites, mais que nous nous promettions de reprendre dans les mois suivants:
1.VISITES de TUNIS

* Le Cente-Ville et l'Avenue Habib BOURGUIBA *La MEDINA la ville emmurée avec ses ruelles et boutiques;

La MOSQUÉE de Tunis et son impressionnant minaret
Le Musée du BARDO et ses collections de vestiges romains ou carthaginois

1.BANLIEUES de TUNIS

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UNE COMMUNAUTÉ CLOÎTRÉE

SEMAINE du 15 AU 21 SEPTEMBRE 1965

PREMIERS DÉFIS ET STRESS D'UNE COMMUNAUTÉ CLOITRÉE
Nous sommes donc établis -modestement, je le rappelle!_ dans l'hôtel TRASATLANTIQUE sur la Rue de Serbe, donnant de l'autre côté sur l'avenue de Carthage.
Imaginons ce tableau de 1965!

Des Québécois ou Canadiens d'éducation traditionnelle qui venaient tout juste de sortir de la période de la grande noirceur et réalisaient un premier voyage à l'étranger. De surcroît, dans un monde étrange insoupçonné jusqu'alors! Plus encore, imaginons-les avec femmes et enfants, empêtrés dans les premiers dédales administratifs pour assurer une implantation à la fois professionnelle pour eux-mêmes et domestique pour leur famille! Pensons enfin aux défis innombrables qu'ils allaient devoir franchir bientôt pour l'intégration scolaire accélérée de leurs enfants, leurs activités quotidiennes dans leur lieu de résidence! L'horizon se montrait drôlement impétueux en quittant le port d'attache!

Déjà confrontés, depuis le premier jour de leur arrivée en Tunisie, aux apprentissages innombrables et aux inconnus du quotidien, tous les membres du groupe saisirent l'envergure insoupçonnée des défis des prochains lendemains. Mais heureusement, en même temps, ils sentirent rapidement la nécessité de serrer les coudes, de s'agglutiner pour ainsi dire les uns aux autres, histoire de s'entraider, de s'épauler mutuellement... et de se rassurer devant tant d'inconnues qui surgissaient à chaque minute, à chaque heure du quotidien.

Car, tout se faisait dorénavant en communauté. Tous et toutes s'inscrivaient dans un clan indéfectible. On partageait tout! On s'assistait, on s'épaulait! D'autant plus qu'ils se trouvaient en exil, loin des services canadiens. A court d'argent? on se prêtait spontanément les sommes requises, même si l'on se connaissait à peine! Les autos disponibles pour les uns, l'étaient pour tous. Les repas se prenaient ensemble dans le même restaurant à 100 pas de l'hôtel, au Café de Paris au coin des avenues de Carthage et boulevard de Bourguiba! C'était devenu la p'tite patrie et ambassade du Canada.

Hélas, ce partage, à priori inattendu et généreux chez eux, n'allait pas faire des heureux parmi tous, car les démarches prochaines pour les affectations scolaires et établissements domestiques dans des régions et villes différentes allaient les séparer et isoler les uns les autres de tout ce beau monde communautaire. Soulignons que l'inscription aux écoles avait déjà commencé pour les élèves et étudiants.

Et, par-delà les démarches administratives nombreuses amorcées pour le dédouanement de certains containers (effets personnels) maintenant arrivés au port, il fallait maintenant se montrer le bout du nez chez le proviseur du lycée dans lequel chacun venait d'être affecté quelques jours avant dans le grand salon de l'hôtel (on se rappellera que l'affectation initiale ciblait le Maroc maintenant abandonné).

La situation des coopérants n'était plus celle de l'arrivée avec ses découvertes, les visites, les partages nouveaux. D'autres défis, concrets, pressants et incontrôlables, les sollicitaient. En plus des démarches administratives nombreuses qui venaient de commencer pour le dédouanement des autos (récemment arrivées pour certains!) ou tout au moins des bagages et effets personnels détournés d'urgence depuis le Maroc, les autorités tunisiennes commandaient aux uns et aux autres de se présenter à leur travail dans les divers lycées désignés.

Chacun prit conscience de la lourdeur de son agenda pour la semaine suivante.

  1. Prioritairement, une rencontre du proviseur sur les lieux de travail: pour les uns, dans des villes voisines heureusement tel que MONASTIR, SOUSSE, BIZERTE, pour d'autres vers des lieux excentriques comme GAFSA, LE KEF, BEJA et l'Île de DJERBA.
  2. En même temps, premières recherches de logements qu'on nous disait pénibles à cause de leur rareté.
  3. Enfin, le mode de transport s'avérait la principale difficulté pour s'y rendre, mais comment? Peu des nôtres avaient leur voiture. Puisque les autos commandées en France n'étaient ou pas arrivées, ou pas dédouanées. Le truc le plus simple était ou d'emprunter un transport public tel le car avec ses lenteurs, son inconfort et ses odeurs etc... ou encore le taxi-groupe qu'il fallait attraper en agrippant l'une des 4 poignées de portière avant les autres (premier arrivé,premier servi!).

Faute de moyens concrets efficaces, le stress venait de monter d'un cran!
Des signes manifestes laissaient voir une mer agitée pour les semaines suivantes.

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AU TRAVAIL QUÉBÉCOIS! Vite dans vos lycées!

Semaine du 25 au 30 septembre 1965

Dans le chapitre précédent, nous mentionnions les pressions issues du Ministère de l'Éducation nationale de Tunisie pour nous présenter sur les lieux d'affectation professionnelle. Sans autos pour plusieurs, sans résidences pour personne encore, sans effets personnels qui dorment au port de Tunis, les coopérants-professeurs partent chacun dans une direction pour se présenter chez leur proviseur de lycée, laissant femme et enfants à l'hôtel TRANSATLANTIQUE...non sans inquiétudes pour eux, ni sans appréhension sur ce qui les attend sur place chacun, ville inconnue!

À CHACUN SA DÉBROUILLARDISE
À défaut d'un mode de transport personnel toujours inaccessible (voir la rubrique précédente), chacun des nôtres fit appel à son audace et imagination pour cibler le moyen qui lui convenait...ou lui restait disponible.
Les plus chanceux furent ceux qui avaient été affectés dans la même ville comme SOUSSE, MONASTIR et BIZERTE. Ils purent louer un taxi exclusif pour une journée complète pour lequel ils partagèrent également les frais. Heureux collègues! Mais, pour la plupart des autres, il fallut faire appel au système D en effet pour atteindre le poste d'affectation. Le car pour certains, le taxi-groupe pour le reste des autres.

Quant à moi, étant affecté à BEJA, à la frontière tuniso-algérienne, j'optai pour le taxi, le plus rapide des modes pour cet aller-retour! Ouf! Vous dire le ridicule de mes efforts pour m'approprier une poignée de porte afin de me réserver une place dans le taxi... Souvenez-vous qu'on ne pouvait jamais réserver de place à bord; tout au plus fallait-il courir au milieu des quémandeurs sur le taxi qui arrivait pour déposer la main sur une poignée de porte...Je n'eus franchement aucun succès! Je vous le dis, en toute humilité! Finalement, après plusieurs tentatives infructueuses qui me firent manquer plusieurs taxis consécutifs partis sans moi, un bon samaritain tunisien m'offrit de se substituer à moi pour mettre rapidement la main sur la poignée...ce qu'il réussit à faire du premier coup. J'appris vite qu'il me fallait, en retour, mettre la main dans mon porte-monnaie... Bel apprentissage! D'ailleurs, il en fut de même en fin de journée pour mon retour à Tunis... que je n'aurais pas voulu escamoter, vous l'imaginez bien!

VISITE à BÉJA et IMPRESSIONS PREMIÈRES

La randonnée vers la ville de BÉJA fut lente et longue. La destination n'était pourtant située qu'à 90KM de TUNIS. Mais la route était tortueuse, l'auto-taxi alourdie par la sur-capacité habituelle des transports publics (personnes additionnelles, surplus de bagages et traction fatiguée) et les odeurs intérieures, tout cela ensemble fit de ce voyage un cauchemar qui me faisait déjà appréhender mon affectation récente et même le retour de fin de journée...pour lequel je n'avais aucune garantie d'ailleurs! Nous finîmes par y arriver, néanmoins!

Toute en collines et vallées, la ville de BEJA me parut grande et peuplée. Mais, je constatai ultérieurement, lors de voyages touristiques, qu'elle renfermait de vastes espaces inoccupés, à cause des pentes accidentées et terres rocheuses. Sans savoir tout cela, je vous avoue que le premier coup d'oeil ne suscita aucun enthousiasme chez moi! D'autres observations subséquentes allaient m'expliquer le pourquoi de tout cela.

RENCONTRE de COURTOISIE avec le proviseur du lycée

Débarqué du taxi au centre-ville, je me fis dire que le Lycée de Garçons et Filles était situé en dehors sur cette colline que vous voyez là-bas.... Pas de taxi disponible! Je me trouvai obligé de parcourir tout le trajet.
Le bâtiment me parut austère et en plus ou moins bon état. Était-il bien équipé pédagogiquement, que je me demandais déjà? Après quelques demandes d'informations pour accéder au bureau du proviseur, on me conduisit plutôt chez l'intendant, sorte d'administrateur financier n'ayant aucune autorité, ni compétence pédagogique. Après l'avoir salué courtoisement, je lui fit connaître mes origines et comprendre les raisons de ma visites. Il transmit immédiatement mes attentes au Proviseur qui daigna finalement me recevoir sur-le-champs.
Le premier responsable de l'Établissement me reçut froidement, je dois dire! Timidité excessive? Indifférence à mon égard? Toujours est-il qu'au bout de quelques minutes, il aboutit à 2 offres inattendues, compte tenu de la fadeur de sa réception et bienvenue à mon égard!
D'abord, il m'offrit de me présenter en classe dès le lendemain matin sans savoir ma fonction ni pouvoir définir la nature de mes tâches. Ne sachant comment répondre à une offre aussi saugrenue que vague, j'esquivai tout engagement immédiat, prétextant à juste titre qu'il me fallait tout de même rentrer sur Tunis, ne serait-ce que pour quérir mes effets personnels.
Ensuite, comme pour me faciliter les choses, il m'offrit d'aller visiter, avec son intendant qu'il venait de convoquer, une jolie villa disponible et située sur une colline. Pour manifester ma bonne foi, j'acceptai vite son invitation qui allait me mener à mon établissement domestique plus rapidement que tous les autres coopérants qui se morfondaient déjà à l'hôtel qui nous paraissait plus minable après plus de 3 semaines déjà...
Nous partîmes donc, l'intendant et moi.

MA CABANE à BÉJA

L'intendant, peu bavard, conduisait prudemment à travers les rues tortueuses et accidentées de la banlieue de BÉJA qui m'apparaissait déjà peu conviviale, j'avoue! Mais, je ne pouvais être négatif puisque j'avais accepté une affection de coopérant en Afrique... Je n'avais pas le choix, évidemment! J'observais le paysage, les maisonnettes qui se faisaient plus nombreuses à mesure que nous arrivions au centre-ville. Puis, mon guide continua et traversa la ville. J'en conclus vite que nous avions maintenant franchi l'autre versant de la ville. Nous escaladions déjà l'autre colline, les maisons se faisant aussi espacées et rares qu'au début, en quittant le lycée. Elles me paraissaient même pauvres et démunies.

Était-ce ici le quartier dans lequel j'allais rester? Avec une épouse enceinte de 4 mois, devant accoucher 5 mois après, en février plus précisément?
Allions-nous, me disais-je, habiter une de ces villas délabrées et isolées? Avec quels services! Plus que de l'appréhension, c'est la peur, pour ne pas dire la panique qui me tenaillait l'estomac!

MISE K.O. AU COMBAT

L'auto s'immobilisa devant une maison des plus simple. Mon intendant, ne trouvant vraisemblablement pas la maisonnette recherchée (oublions la villa mentionnée précédemment!), voulait sans doute obtenir des précisions pour la repérer. Une femme voilée se trouvait la porte. Il semblait la connaître puisqu'il la salua spontanément et avec assurance. Après quelques mots avec elle, il se retourna vers moi, m'invitant à descendre et à le suivre.

J'étais désemparé et consterné à la fois, je crois! C'était donc ma villa, ma maison, le foyer de ma famille! J'eus peine à me traîner jusqu'au seuil de la porte, car je venais d'apercevoir un espacement de 18cm au pied de la porte...et autant, sinon plus, à son faîte! L'air entrait donc en bas et en haut?, que je me suis dit! Pas possible! Cette porte conduisait sans doute à une cour intérieure, du style arabe que l'on connaît dans l'architecture orientale....
On ouvrit la porte pour la visite officielle. Un long couloir donnait au fond sur une cuisinette. LE TOUT À CIEL OUVERT! Imaginez! Ce n'est pas tout! De chaque côté du couloir, quelques portes s'ouvraient sur des chambres et une mini-salle, style salon/boudoir pour les rassemblements familiaux sans doute. Pas de W.C., si ce n'est une toilette arabe.

NON! C'en était fait de mon affectation à BÉJÀ, que je me suis dit. Je ne saurais venir habiter ici sans risquer le bien-être et la santé de ma famille et de notre futur enfant à naître.

Je fis tout pour écourter la visite, prétextant que je devais rentrer sur Tunis (ce qui était d'ailleurs vrai aussi bien dans ma tête que dans mon coeur!).

UN RETOUR JOYEUX SUR TUNIS

Je ne saurais vous dire la joie et la satisfaction de chercher un taxi-groupe, de trouver et payer un assistant pour mette la main sur la poignée pour réserver ma place.
Je n'eus guère conscience des odeurs douteuses dans le taxi, de la longueur du trajet de retour, de l'entassement des passagers.
Mais, croyez-moi, quel plaisir ce fut de débarquer au centre-ville de TUNIS pour courir à l'hôtel TRANSATLANTIQUE, aussi inconfortable était-il devenu! J'eus vite fait d'oublier cette journée difficile!

J'avisai l'Ambassade du Canada, à Berne, dès le lendemain, des constats de ma visite ainsi que de ma décision irrévocable, leur demandant une autre affectation plus convenable. On était d'accord! En plus, l'Ambassadeur en personne annonçait sa visite impromptu pour régler les problèmes d'affectation qui n'avaient pas abouti à leur solution!

Il ne me restait plus qu'à attendre et espérer des jours meilleures avec une nouvelle affectation.

TIVON

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EN ATTENDANT...REPOS, LOISIRS et ANGOISSE

Semaine du 07 au 30 d'octobre

Précédemment,nous racontions les attentes d'affectations des coopérants dans leur ville assignée. Nous sommes au début d'octobre. La plupart ont dédouané leurs effets personnels, leur auto, puis gagné leur lieu d'affectation professionnelle. Sauf 3 couples de coopérants qui, appointés dans des lycées de BÉJA, LE KEF et DJERBA, ne semblent pas pouvoir trouver pied, faut de logements convenables disponibles. On annule donc provisoirement leur affectation pour les garder confinés au "luxueux" hôtel TRANSAT. Tant bien que mal, ils attendent, languissent à l'étroit dans l'hôtel, tentent de s'occuper afin de ne pas sombrer dans la morosité!

LOISIRS INTÉRIMAIRES

Le quotidien des premiers jours et des 2 premières semaines furent, bien sûr, consacrées à la connaissance du milieu, à l'adaptation socio-culturelle, tout cela à travers des visites ou excursions qu'il nous était donné de réaliser particulièrement lors de weekends prolongés. Me viennent encore à l'esprit des visites mémorables que nous avons trop rapidement faites, mais que nous nous promettions de reprendre dans les mois suivants:
1.VISITES de TUNIS

  • Le Cente-Ville et l'Avenue Habib BOURGUIBA *La MEDINA la ville emmurée avec ses ruelles et boutiques;

La MOSQUÉE de Tunis et son impressionnant minaret
Le Musée du BARDO et ses collections de vestiges romains ou carthaginois

1.BANLIEUES de TUNIS

  • Au NORD: Villes de SIDI BOU SAID, CARTHAGE, BIZERTE

Au SUD: Plages d'EZ-ZAHRA, Mont BOUHKORNINE , Aqueduc romain THUBURBUS MAJUS etc

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PREMIÈRES AFFECTATIONS TERRITORIALES et PETITES MISÈRES

Semaine du 01 au 07 novembre


Les visites de courtoisie et de présentation personnelle des coopérants chez leur proviseur ciblé avaient fructueusement débouché sur une affectation professionnelle espérée. Et, cela, dans la plupart des régions (gouvernerats) de Tunisie, comme de SOUSSE, MONASTIR, BIZERTE, GAFSA.


Deux collègues et moi, appointés officiellement à EL KEF et BÉJÀ, n'avaient pu se voir garantir un logis ou une villa, ce qui constituait une entrave infranchissable pour les familles en attente d'un foyer et toujours emprisonnées dans leur minuscule chambre de l'hôtel TRANSATLATIQUE. En effet, pendant que les pères se trouvaient au travail dans leur lycée, en dehors de Tunis, et préparaient leur appart ou villa, les mères végétaient patiemment à l'hôtel, souhaitant le déménagement au plus tôt!


Appelé en renfort, l'ambassadeur canadien affecté à BERNE en Suisse vint même rencontrer les autorités tunisiennes pour en venir à un aboutissement heureux et rapide.


L'attente ne fut pas longue heureusement. On allait bientôt dénouer la problématique des dernières affectations. Enfin, l'optimisme revenait.


Entrevoyant une lueur à l'horizon et notre emménagement prochain dans un foyer au milieu de nos effets personnels, les derniers coopérants en stagnation se mirent à sourire.


Les excursions et pique-nique devenaient populaires, soit pour visiter les plus proches des nôtres déjà dans leur milieu de vie comme à SOUSSE, BIZERTE et TUNIS, soit à proximité comme à MONASTIR et SOUSSE.


L'on reprenait goût à la Tunisie, ses panoramas, ses monuments grandioses de Carthage, d'El Djem et de Tuburbus Majus

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SURPRISE! AFFECTATION à SFAX

Semaine du 06-13 NOVEMBRE 1965

L'annonce d'une affectation nous arriva comme un pur bonheur.
L'attente avait été si longue.
L'angoisse avait progressé particulièrement les 3 dernières semaines.
Les sorties s'étaient faites de plus en plus rares et inintéressantes dans ce contexte languissant!

Bien que l'épisode de BÉJA rejeté et abandonné nous avait marqués, aucune appréhension ne vint toutefois hanter nos esprits avec la proposition de SFAX. Pour plusieurs raisons d'ailleurs!

D'abord, cette grande métropole de 200,000 habitants du sud tunisien était la deuxième ville en importance de la Tunisie. Elle devait bien, me disais-je, cacher plusieurs logis ou villas potables et recevables pour ma petite famille... de 3 personnes bientôt, mon épouse devant accoucher 3 mois après.

Ensuite, l'économie était florissante, ses activités culturelles nombreuses et variées, avec ses cinémas, son théâtre, ses communautés locales diverses des plus européennes (en plus des Tunisiens, on trouvait des français, diverses souches slaves, des russes et polonais coopérants comme nous!).

Bref, une communauté riche et moderne, dans une région riche, en bordure de mer en plus! Un important centre industriel (port de mer et phosphate) et agricole (oliveraies) situé enfin au milieu du pays entre le nord et le sud désertique, pôles fascinants à leur manière que nous allions pouvoir connaître!

La ville se faisait soudain belle et généreuse, me répétais-je!

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VIE QUOTIDIENNE A SFAX

RÉSIDENCE

BONNE*
VIE QUOTIDIENNE ET ACTIVITÉS*
VOISINS CANADIENS*

++LYCÉE de GARÇONS EL AIN++

ENSEIGNEMENT*
PÉDAGOGIE*

NOS ACTIVITÉS de LOISIRS

VISITES RÉGIONALES*
PLAGES*
VIE SOCIALE
VISITES EXTÉRIEURES :
LYBIE: Leptis Magna et Tripoli#
ESPAGNE'' Faiza dans un panier et circuit de l'Andalousie#

PÉRIPÉTIES

À L'HÔPITAL*
NAISSANCE DE FAIZA

RENTRÉE AU CANADA ANTICIPÉE

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