DERNIER FARNIENTE SUR LA MER ROUGE

DJIBOUTI "SUR LES TRACES D'HENRY DE MONFREIDUn récit/album du carnet de voyage :
DJIBOUTI "SUR LES TRACES D'HENRY DE MONFREID
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Samedi 17 avril
06h00, réveiL J'ai passé une nuit excellente, les forces reviennent. Je constate que Raoul a écouté nos conseils, il a installé la toile de tente près de notre bungalow. Il y passe ses nuits avec la douce Anna. C'est vrai que c'est une fille sympa. Hier soir, elle nous a ramené trois sandwichs à l'omelette et trois limonades. Raoul est heureux, elle aussi, tout va bien. La matinée est consacrée à la recherche de rare bois et à la confection d'un grill. Nous nous régalons à midi de lapin cuit au feu de bois à la choucroute, faisons une super sieste et nous baignons tout l'après-midi. L'eau est excellente, plus fraîche qu'au Goubet ou à Kor Ambado. Anna vient avec ses copines nous rendre visite, nous les filmons et leur montrons les prises de vue sur l'écran à cristaux liquides du camescope. Elles rient à tue-tête. Pauvres filles, sept jours sur sept dans ce bordel, drôle de vie! Elles repartent ravies de leur visite. Raoul prend rendez-vous avec Anna pour le soir, après son travail. Anna a deux enfants confiés à une grand-tante, elle travaille là pour les nourrir. Nous dînons puis après avoir écrit quelques lignes, je me couche fatigué mais apaisé. Cette journée de repos n'a pas été trop dure!
Dimanche 18 avril
A 01h00 du matin, Florent et moi sommes réveillés, impossible de nous rendormir. Sous un ciel totalement étoilé, coupole de mille scintillements, nous discutons jusqu'à 03h00 du travail, de la vie passée, des expériences vécues et de la mentalité des jeunes aujourd'hui. J'en tire la conclusion que je me trouve en total décalage avec la relève. Peut -être en ai-je trop bavé et ne comprends pas cette génération cocouning. Je me souviens des remarques d'Amélie: "Nous vivons dons un monde de laisser-aller. Mon père auroit dressé les jeunes d'aujourd'hui à la dure. C'était un homme qui aimait l'ordre et la discipline. Pour apprendre à nager à ma soeur aînée Gisèle, il l'avait jetée dons la mer du haut de son boutre. L'instinct de survie et la nature devaient faire le reste... ". Raoul a trop chaud dans sa tente, il s'est réveillé en entendant notre discussion et nous a rejoint pour boire un coup. Il nous a ramené deux sodas du restaurant. Ils ne sont pas frais mais se laissent tout de même boire. Nous nous recouchons et nous réveillons à 06h00.
Nous déjeunons, revêtons nos tenues et enfourchons nos VTT pour nous rendre sur une paroi que nous voulons descendre en rappel. Nous avons du matériel Petzl, autant l'utiliser. Nous effectuons plusieurs descentes en rappel, puis rejoignons le camp de base pour prendre un bain.
A la sortie de l'eau, nous avons l'agréable visite d'Anna qui nous amène du poisson: une carangue et deux petits barracudas. Comme des enfants, nous explosons de joie. Nous allons nous faire un barbecue de poissons. Florent les vide illico presto, j'en profite pour me servir des abats comme appât avec une Îigne que nous avons récupérée auprès du patron du restaurant, un pauvre mec antipathique. Je ne l'aime pas, il joue le rôle de maquereau dans son restaurant-bordel. Il traite ses employés et les filles qui y travaillent comme des moins que rien. Il faut voire les conditions dans lesquelles vivent ces pauvres filles pour y croire. Un bungalow de fortune fait de bric et de broc, quatre vieux sommiers posés à même le sol en terre battue, pas de douche, pas de sanitaire, une simple cuve d'eau et un seau pour toilettes. Subissant les désirs et parfois même les coups des ciients, en majorité des légionnaires du camp tout proche, elles n'ont d'autre réconfort que leur insouciance...
Avec cette fameuse ligne, je décide de tenter ma chance en y accrochant un bout de boyau de carangue. Après quelques minutes, je remarque des poissons effilés qui viennent rôder autour de l'appât. Soudain le bout de liège qui sert de flotteur s'enfonce dans l'eau une première fois. J'attends un petit peu, et au deuxième coup je ferre sèchement sur ma ligne. Le poisson est piqué, il jaillit hors de l'eau à la stupéfaction de Raoul et Florent. Je le ramène au bord en faisant attention à son long museau armé de dents acérées. Le poisson bondit à plusieurs reprises, il est argenté, c'est une aiguillette. Florent s'affaire à allumer le feu avec du bois que je suis ailé chercher après la venue d'Anna. Raoul veut être de la fête et vient me donner un coup de main à pêcher. Nous faisons d'autres tentatives qui se soldent toutes par des échecs. Plusieurs aiguillettes taquinent l'appât, mais aucune d'elles ne se laisse sortir. Pris au jeu, nous rageons de notre malchance. Nous mangerons donc les poissons d'Anna. Nous lavons nos gamelles dans l'eau de mer avec comme récurant le sable fin, puis le tout est rincé à l'eau douce. Nous nous allongeons une petite heure, bien que je n'ai pas envie de faire de sieste car je veux passer une bonne nuit. Demain a lieu la dernière étape de notre raid: Arta Plage-Djibouti
Nous avons rangé les cantines, je prépare un sac rempli de nourriture et de produits alimentaires que j'emmène à Anna qui se trouve en compagnie de Raoul au restaurant. Nous en profitons pour nous laver et recharger la plie du camescope. Anna est contente de ce que je lui apporte, maÎs malheureuse que nous partions. Elle a été super gentille avec nous et ne nous a jamais demandé 1 FD. Je crois que Raoul lui a donné la tendresse qui lui manquait. Nous assistons à l'heure du café éthiopien et au broutage du qat. Les filles, les jeunes noirs qui travaillent comme boys au camp d'entraînement de ia Légion, tout le monde broute le qat. Nous discutons de cette drogue, des autres qui existent et des pays qui ont pour coutume d'en consommer. je pense à "La croisière du Haschich" et à Henry de Monfreid. Je me souviens qu'Amélie était très en colère de ce qui a été écrit sur son père, en l'occurrence qu'il faisait le trafic de drogue, des esclaves et était un toxicomane. il faut remettre les choses à leur place, m'avait-elle dit. Mon père s'est lancé dans tous les types de transports. " possédait une flottille importante. Le trafic de drogue, dans le contexte de j'époque, n'était qu'un transport de marchandises parmi tant d'autres dans des pays où la vente n'était pas illicite." Si Henry ne s'est jamais caché d'avoir fumé l'opium, comme beaucoup de coloniaux à cette époque, ii maîtrisait sa consommation qui lui servait de médicament. Il était par ailleurs très actif et vivait comme un ascète. Ici, le broutage du qat est une coutume ancrée dans la population, liée à un climat, un mode de vie, substance à la fois tonifiante et euphorisante, indispensable, et rien n'y fait pour l'éradiquer.
Nous avons rempli des bouteilles d'eau et retournons au bungalow où Florent nous attend. Raoul repart avec le camescope, il veut filmer le restaurant, le bordel et les filles, afin de montrer cette réalité encore présente à notre époque. Anna s'est faite belle, d'un sari violet à motifs verts et d'une étoffe assortie nouée sur la tête. L'oeil vague sous l'effet du qat, elle lance des baisers du bout des doigts à Raoul qui la filme.
Mes affaires sont prêtes, demain nous serons de retour à Djibouti. L'action me manque, voilà deux jours que je n'ai pas ma dose. La vérité, c'est que nous aurons roulé près de 600 kms sans avoir parcouru le nord. Je voulais que ce soit un raid extrême, je crois que nous avons réalisé une belle aventure dans des conditions incroyables et une situation géopolitique explosive. Néanmoins le nord me manquera, surtout le Day et Obock.
Lorsque j'ai montré à Amélie le tracé du raid sur une carte IGN de Djibouti, elle n'avait d'yeux que pour Obock, sa ville natale, sur la plage de laquelle son père construisit de ses mains une de ses goélettes L'Altair". Leur maison d'Obock a été transformée en dispensaire; Peu importe, la présence d'Abd el Hai plane toujours sur la vilie. "Quand vous serez à Obock, nous a-t-elle dit, je ne vous demande qu'une chose: photographiez la palmeraie où nous allions chercher de l'eau". Elle nous a indiqué qu'il faudrait que nous fassions également des prises de vue sur le premier bagne français, les ruines du pénitencier d'Obock. Vous seriez vraiment aimables si vous retrouviez une femme qui me connaît sous le nom d'Indibaba (bébé des Indes). Elle s'appelle Fatouma. Aux dernières nouvelles, elle avait un petit commerce à Obock. j'aimerai que vous lui disiez que je suis toujours en vie. Photographiez-la, si elle accepte". J'aurais tant aimé chercher Fatouma dans Obock. Enfin, je suis bon joueur, nous avons réussi tout de même l'impossible par rapport aux événements.
il est 18h 15, nous sommes dimanche, je pense à ma famille, que font-elles? Les nuages ont envahi le ciel au-dessus d'Arta. De l'autre côté nous apercevons les monts Goda qui pointent vers l'azur leurs cimes pelées. La mer est calme, elle finit de monter. Le vent souffle, il se peut qu'il pleuve ce soir après une température de 45°C enregistrée au GPS en début d'après-midi. La nuit s'annonce fratêhe. Nous avons pris des couleurs, mes épaules picotent des brûlures du soleil attrapées pendant la partie de pêche ce matin.
Nous dînons d'une boîte de raviolis chacun et Raoul nous a ramené des coca frais. C'est sa demière nuit avec Anna. Il a du vague à l'âme, normal. Pour son premier voyage, sa première conquête à l'étranger, ça lui passera. Je me mets au lit de bonne heure, mon ventre plein et la joumée passée au soleil m'ont assommé. Je m'endors contemplant le ciel envahi de nuages, ce qui est rare. Mes pensées vont à la Bretagne et à la température que nous aurons au retour. Samedi, lorsque j'ai réussi à téléphoner à J-P, nous nous sommes mis d'accord pour que Cécile vienne chercher Raoul et le matériel à Arta Plage tandis que Florent et moi effectuerons la dernière étape.

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raidsextremesAuteur : Postée le 21 mars 2008 par raidsextremes
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