CAP SUR DJIBOUTI

DJIBOUTI "SUR LES TRACES D'HENRY DE MONFREIDUn récit/album du carnet de voyage :
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Température, relief chaotique hanté par la silhouette d'Henry, je me suis juré d'y retourner avec la force de mon corps et de mon âme afin de me mesurer à ces conditions extrêmes. Peu à peu nan: en moi l'idée de partir effectuer un Raid Extrême en vélo tout terrain à Djibouti. Personne à ma connaissance ne l'a fait. Cette idée va mûrir pendant plusieurs années, temps qui me permet d'apprendre à préparer et monter le projet.
Réaliser un rêve
Un projet peut toujours germer dans la tête d'un homme, mais le faire vivre, lui donner un sens, le concrétiser n'est pas chose facile. Et pourtant, combien de personnes se sont manifestées dans des projets fous, des idées d'exploits, d'aventures, d'expéditions qui à terme ont permis de découvrir des paysages merveilleux, des pays encore inexplorés, des peuplades inconnues. Combien d'hommes se sont réalisés dans des limites jamais atteintes, des records battus que l'on croyait imbattables?
Au-delà de la réussite, un projet prend son essence dans les émotions, les sens de l'homme, il se nourrit des rêves, des aspirations ancrées au fond de l'âme. Désir de dépasser les limites de la réalité, intime conviction de faire avancer les choses, affirmation de soi dans la préparation et les différentes épreuves à traverser.
Mes motivations sont multiples, liées à mon attache à ce que j'ai vécu de l'histoire de Djibouti, au but sportif et à mon militantisme pour Génespoir, association française contre l'albinisme oculo-cutané que j'ai créée avec un collègue et à qui je verserai les profits dégagés par le RED.
J'ai emmené mon grand fils Raoul à la Faculté de Médecine Necker où est installé le CERTO, laboratoire de recherche sur les maladies de l'oeil, dans lequel travaille le chercheur qui effectue sa thèse sur l'albinisme. Je veux sensibiliser Raoul au travail que nous avons effectué depuis la création de Génespoir. Grâce à l'association, nous finançons un jeune chercheur, Olivier Camand, qui s'occupe spécifiquement de l'albinisme. J'ai confiance en lui. Nous sommes repartis du CERTO passionnés par le travail qui reste à faire, gonflés à bloc et pleins d'espoir pour l'avenir. Le plus important pour moi est d'aller au fond des choses, jusqu'au bout de mes idées.
Les objectifs sportifs ne pourront être atteints que si une certaine osmose existe entre les équipiers. Nous allons effectuer le premier tour de la République de Djibouti en V.T.T., sans oublier les portages obligatoires sur des points impraticables, soit 1054 kilomètres répartis en 14 étapes de 60 à 1 00 kilomètres à travers un relief désertique et lunaire où les températures oscillent entre 25 et 55° C. facteur à ne jamais négliger. Traverser le désert du Grand Bara, la banquise de sel du lac Assai où la température avoisine les 50° C, parcourir des dénivelés de 157 à +2010 mètres lors de l'ascension du Moussa Ali ou de celle du Bara Barré. J'ai connu ce pays, j'y ai souffert. j'espère être à la hauteur pour l'affronter de long en large. Cet objectif sera certainement le plus difficile à atteindre, mais nous nous y préparons depuis des mois.
Au-delà, j'ai conscience que mes motivations sont liées à mon parcours social, professionnel, à mon éducation, à mes sentiments et mes émotions, à mes opinions, à mes qualités et mes défauts. La plus secrète de mes motivations est de me dépasser à la moitié de ma vie, limites extrêmes où mon corps va souffrir, mon mental va être mis à rude épreuve. Enthousiasme de la vie, des émotions, des passions, joie intense, exigence d'affirmation, détermination à tracer mon propre destin et mesurer les conséquences du parcours que j'ai choisi, satisfaction de la victoire, raison de vivre, nécessité absolue de me sentir homme. Vivre entre le rationnel et l'irrationnel, duel perpétuel avec mes défauts, couper les entraves de la sédentarité, découvrir l'inconnu, flamme originelle qui anime l'esprit humain, sortir de la vie aseptisée pour enfin voler sans limites, sans frontières dans la poésie d'aventures non contées mais vécues. Réalisation d'un rêve, d'un exploit, non pas pour paraître, mais exister.
Projet fou, peut-être, projet grandiose, sans doute, passionnant, sûrement. Combien de personnes se sont vues décernées le qualificatif d'insensées? Léonard de Vinci, Ferdinand de Lesseps, Thomas Edison, Jules Verne, Pierre et Marie Curie, Einstein, Gérard d'Aboville... Des êtres intelligents, responsables, ingénieux, courageux, des hommes et des femmes qui ont fait avancer l'humanité dans sa quête de découverte, de dépassement et d'évolution. Merci à ceux qui ont su se donner des défis, qui à partir de leurs rêves ont réalisé des exploits. Ils sont les héros de notre civilisation. Je ne peux citer tous ces hommes et toutes ces femmes, mais je les prends pour modèles. Je me dis aujourd'hui qu'ils me donnent l'énergie et l'émulation nécessaires à la réalisation de ce projet. Je me dois de réussir pour leur rendre hommage et prouver que lorsqu'on veut, on peut.
La plupart du temps, l'homme ne cherche pas à se dépasser pour le bien de l'humanité, mais préfère utiliser les autres, les assouvir, les diminuer pour en extirper un certain pouvoir. Défier la nature, se sacrifier soi-même, c'est participer à l'évolution de la vie. Faire avancer les techniques, la médecine, la science, la culture en s'investissant dans des projets qualifiés d'invraisemblables permet à l'humanité d'évoluer. Une force intérieure m'anime, je dois participer à cette quête. La vie n'est qu'un passage sur terre, on se doit tous de participer à l'évolution et de faire que ce passage soit le plus fructueux possible.
Je trouverai mille excuses, mille raisons pour assouvir l'appel de l'Afrique. Cette volonté farouche qui a permis à l'homme de s'extraire de sa propre enveloppe, de se développer et d'évoluer, m'anime pour chercher à repousser mes limites et me mesurer aux éléments hostiles de ce pays. Je suis certain que je sortirai grandi de l'expérience. Cette quête au plus profond de moi me permettra peut-être d'annihiler la pulsion qui m'anime, car nul ne peut dire qu'il existe de frontière à l'appel du défi. Le dépassement de soi n'étant pas l'exclusivité de quelques initiés, je me sens capable aujourd'hui de prendre les choses en main. Je suis mûr pour la réalisation de mon rêve.
La préparation du projet
Une de mes qualités est de savoir m'organiser, d'être pointilleux sur chaque détail. J'aime la recherche de la perfection, le travail bien fait, une mécanique bien huilée. Aussi le R.E.D., mûrement réfléchi depuis quelques années, se doit d'être une réussite. Je suis avide d'atteindre les objectifs que je me suis fixés.
j'ai ainsi décidé, après quelques raids en V.T.T., de me lancer vers la véritable aventure. je connais les rouages de l'association Loi 190l, je sais chercher des partenaires, j'ai l'expérience de l'organisation de galas internationaux de boxe et de quatre "défis pour l'espoir" au profit de l'association Genespoir. Je suis prêt mentalement et physiquement à monter mon propre projet.
Il se peaufine avec la détermination des objectifs sportifs, scientifiques, culturels, environnementaux et humanitaires. Me documenter, réunir un carnet d'adresses, choisir l'itinéraire, le tracer sur carte, lister le matériel, organiser la logistique, établir le budget prévisionnel, cibler les sponsors, prévoir le dispositif relations-presse, choisir l'équipe. Photocopies, brochage, etc... Enfin le R.E.D. est couché sur le papier, des jours et des nuits à plancher pour élaborer la plaquette définitive qui sera envoyée aux futurs parrains. Quel pas gigantesque franchi. Réunir le matériel et la logistique implique un investissement digne du rôle de chef d'entreprise, car c'est bien une petite entreprise qui est créée, qu'il va falloir gérer et qui attend de nous les résultats escomptés. Les premiers jalons posés, le plus dur reste à faire. L'humilité m'accompagne.
Je suis heureux de sentir l'émulation d'une équipe qui se crée autour de moi, de plus en plus de personnes séduites, qui croient en mon projet. Chacune d'elle compte et me donne confiance.
J'ai mis mon fils Raoul dans le coup, sans hésitation, il est partant pour m'accompagner. Je suis très heureux, je ne voyais pas meilleur équipier dans cette épreuve. je crois qu'il est fier mais ne réalise pas l'importance de ce raid pour moi à la veille de mes quarante ans. j'espère qu'il lui apportera une grande maturité. Lui aussi a besoin de dépasser ses limites. Rien de mieux que de partager des moments forts pour se sentir plus proches l'un de l'autre.
Mon ami et collègue Philippe m'accompagne dans mes démarches, notamment pour rencontrer Amélie, la fille d'Henry, qui préside l'Association Ingrandaise Henry de Monfreid. après un certain scepticisme quant à nos intentions, elle a trouvé le projet passionnant. Je ne peux écrire ces lignes sans parler de Philippe.
C'est mon "petit frère", nous sommes unis comme les doigts de la main, nous sommes complices, en amitié comme au travail depuis des années. j'ai une confiance absolue en lui. C'est lui qui m'a donné le virus du vélo. Il a été champion d'llle et Vilaine, a fait partie de l'Equipe de France et gagné de nombreuses courses. C'est un sportif de haut niveau, un homme généreux, très solide, taillé dans le roc. Il tient une place importante au sein de Génespoir, que nous avons créé ensemble et dont il est responsable de la communication des manifestations organisées au profit de l'association. Nous nous complétons très bien de par nos différences. Je lui porte un très grand respect et suis fier de notre amitié sans pareille. Toutefois des impératifs l'empêchent de m'accompagner comme coéquipier à Djibouti. C'est Florent, un autre collègue de valeur, qui sera mon partenaire sportif.Nous sommes une équipe. L'esprit de motivation qui nous anime est un facteur essentiel pour la réussite de cette expédition. La distribution des rôles a été faite.
Florent s'occupe du transport, de la logistique et sera mon équipier sur le raid pour atteindre les objectifs sportifs. Tri-athlète, il a une excellente condition physique. Raoul s'occupera du reportage vidéo-photo et des arrivées d'étapes. je supervise l'organisation et travaillerai les enquêtes et les relations publiques sur place.
j'ai envoyé au mois d'août 1998 le dossier à l'Ambassade de Djibouti en France, dont j'attends l'appui logistique sur le terrain. je m'y rends le 29 octobre suivant, accompagné de mon fils Raoul, pour savoir s'ils ont reçu la plaquette, car aucune réponse ne m'est parvenue depuis son envoi. Le drapeau de Djibouti flotte au-dessus de nos têtes, des souvenirs reviennent à ma mémoire. je me rappelle l'avoir hissé sur le mat de la place d'honneur à Arta, au côté du drapeau français. Bien que l'heure d'ouverture des bureaux soit passée, nous décidons de tenter notre chance. Nous nous présentons à l'interphone, sous l'oeil des caméras de surveillance. La porte d'entrée du 26 rue Emile Menier, superbe bâtisse du 16 ème arrondissement à Paris, s'ouvre. Deux Djiboutiens, gardes de sécurité, nous accueillent. Un des gardes prend contact téléphoniquement avec le service culturel, qui a du mal à retrouver la plaquette que je leur ai envoyée. je propose de leur en donner une autre et commence à présenter notre projet.
je déplie la carte IGN de Djibouti, que j'ai pris soin d'apporter avec moi, sur le bureau du poste de garde et commente le trajet du R.ED.. j'essaie de captiver l'attention des deux gardes en attendant que le service culturel se manifeste. Ils me demandent quand j'ai séjourné à Djibouti et quelle profession j'exerce. Ils s'étonnent de mes connaissances sur le pays et mon intérêt pour ce dernier. je leur expose mes motivations et mes objectifs. Ils sont très fiers de m'entendre leur parler de Djibouti et, enthousiastes, trouvent mon projet très bien ficelé.
Une personne arrive dans la pièce alors qu'un des gardes propose d'aller me chercher l'adresse des différents ministères de Djibouti, celle de l'Office du Tourisme et une plaquette qu'il édite. Le Djiboutien qui vient d'entrer s'intéresse à la conversation et me demande si les personnes des forces de police que j'ai contactées à Djibouti m'ont répondu. Il s'avère qu'un Djiboutien, avec lequel j'ai fait un stage d'animateur sportif, n'est autre que son beau-frère Yacine qui est responsable de la formation au sein des Unités de la Police Djiboutienne. Luimême se présente, "Ueutenont de Police Mohomed", et me propose de prendre la plaquette afin de la remettre en mains propres au responsable du Ministère de l'Intérieur de Djibouti chargé des sports.
Le courant est bièn passé, mon fils est épaté. La rencontre est très importante, d'elle dépend une grande partie de la logistique sur place aux arrivées d'étapes. Le projet plaît et séduit les Djiboutiens de l'Ambassade. j'espère qu'il en sera de même avec les sponsors. Nous repartons heureux du grand pas qui vient d'être franchi.
Le 7 septembre 1998, je reçois un courrier important de Monsieur jean-Louis Cheminée, directeur des Observatoires Volcanologiques de l'Institut de Physique du Globe de Paris. Il me fait part des difficultés que je pourrais rencontrer dans la région du Moussa Ali, liées à l'instabilité politique. Il m'informe qu'une coopération existe avec l'Institut Supérieur d'Etudes et de Recherches Scientifiques et Techniques (ISERST) de Djibouti et qu'un observatoire de géophysique est en place à Arta. Des équipes travaillent régulièrement à Djibouti en géophysique et tectonique. Concernant la géothermie, le directeur de l'ISERST, Monsieur Anis Abdalah, vient de soutenir une thèse sur ce sujet. Je suis agréablement surpris de constater que les zones volcaniques que j'ai choisies correspondent à celles qu'il me recommande de visiter.
Je ne parlerai que très peu de la préparation physique, mentale et technique" qui est pourtant primordiale. Ce sont des sacrifices de temps, de loisirs, de plaisirs. Vous doutez sans cesse de vos capacités à dépasser vos limites physiques, techniques, psychologiques. Je fais du sport depuis mon plus jeune âge et j'ai eu la chance d'exercer des métiers qui nécessitaient toujours une préparation physique et mentale rigoureuse. Mais pour effectuer une telle expédition, à pied et en V.T.T, sous le climat et avec le relief de Djibouti, il faut atteindre un haut niveau physique. Avaler des kilomètres de route, des heures de selle sur des terrains variés, associer également des parcours techniques accidentés où le portage devient obligatoire. Depuis cinq ans, j'ai la passion du V.TT. et depuis un an je compte les kilomètres. Je veux atteindre à la fin 1999,4.000 kilomètres d'entraînement v.T.T..
Parallèllement, j'effectue deux ou trois sorties de course à pied par semaine: en général une sortie d'une heure quinze et deux sorties de quarante cinq minutes. j'adore, parmi ces trois sorties de course à pied, faire un parcours naturel dans la vallée du Boël où le terrain est accidenté. La priorité est d'acquérir un bon entraînement foncier. Si la masse de travail que mon corps accepte est phénoménale, je dois néanmoins rester vigilant, car une blessure grave remettrait tout en question. L'endurance prend une place prépondérante dans cette préparation, elle forge le mental, mais il ne faut pas négliger la résistance. Je la travaille spécifiquement sur la piste du stade en faisant des séances de fractionnés 200 mètres rapide, puis 200 mètres retour au calme. j'essaie également, selon l'emploi du temps que me permet mon travail, de faire deux séances de musculation par semaine: une séance où je travaille avec le poids de mon corps (tractions, pompes, abdominaux, deeps, flexions de jambes, squatts); et l'autre où j'utilise des charges additionnelles. Je suis partisan d'une musculation généralisée naturelle et athlétique, plutôt qu'une prise de volume inconsidérée et difforme. Une séance de natation avec un bon sauna de temps en temps décongestionne les muscles et relaxe l'esprit. L'entrai'nement est devenu pour moi une nécessité indispensable. Pour réussir, je dois me préparer à surmonter la souffrance, forger mon corps et mon mental aux difficultés qui m'attendent. Nul doute qu'elles seront nombreuses.
A quelques mois du départ, je garde tout mon optimisme. Les choses se présentent plutôt bien. Peugeot Cycles International nous sponsorise pour tout le matériel et les accessoires V.T.T, leur dotation est très généreuse. Nous attendons la réponse pour le transport, qui pourrait se faire avec l'Armée de l'Air ou Air France. La réponse tarde, je m'impatiente, d'autant que le fret risque de coûter cher.
Il ne se passe pas un jour où je ne pense au projet. pas un jour où Henry de Monfreid ne soit présent. Sacré Henry, tu as su réveiller en moi tant de désirs enfouis. Je bous d'avancer. En attendant je me documente, je cherche de nouvelles pistes pour attirer des sponsors, je démarche pour boucler le budget. Qui voudra nous faire confiance ?
j'ai hâte d'être dans l'avion, le matériel chargé et tout le reste bien calé, bien organisé. C'est dur d'attendre ce départ tant espéré, mais cela me permet de bien réfJéchir à tous les détails qui auront une importance vitale lorsque nous serons livrés à nous-mêmes dans le désert, loin de tout. Faire une erreur ici peut nous être fatale à 8000 kilomètres de la France.

Photos du récit/album

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raidsextremesAuteur : Postée le 10 janvier 2008 par raidsextremes
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