1,2, et 3 VOYAGES : LA DECOUVERTE DE DJIBOUTI

DJIBOUTI "SUR LES TRACES D'HENRY DE MONFREIDUn récit/album du carnet de voyage :
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Premier voyage à Djibouti
Deux mois d'hospitalisation m'ont remis sur pied et j'ai pu rejoindre en février 1977 le Commando à Ali Sabieh, distante de 95 kilomètres de Djibouti. Il me reste quelques souvenirs d'Ali Sabieh. Nous logions dans un camp de toile, anciennement camp du 2ème REP de la Légion. Deux guépards nourris par les légionnaires d'un camp non loin du nôtre nous rendaient visite lorsque nous allions dans un bar à proximité de la garnison. Ces deux guépards semblaient apprivoisés, mais ils repartaient à la vie sauvage une fois rassasiés. Quelques nomades et leurs chèvres demeuraient autour de ce petit village. Dans cet environnement hostile, ce relief accidenté aux contours lunaires et volcaniques, la température était à la limite du supportable.
Mais cet étrange pays plein de mystères m'attirait. Nous devions, en cette année de proclamation de l'indépendance, surveiller les zones frontières pour parer à tout risque d'attentat par les rebelles. Les tournées frontières me réjouissaient. Nous flirtions avec l'Ethiopie, la Somalie et j'apprenais chaque jour de nouvelles choses, je voyais de nouveaux paysages, de nouvelles contrées. Je ne demandais qu'à ouvrir mes yeux et observer ce qui m'entourait. Je n'ai jamais refusé de découvrir l'inconnu.
Deuxième voyage à Djibouti
En 1978, mon deuxième séjour au sein des Commando Marine m'a permis de mieux connaître la contrée de Djibouti. A Arta, niché à 800 mètres d'altitude, il fait frais. Un peu de végétation et des fleurs agrémentent les quelques maisons blanches construites par des Français et destinées à la hiérarchie militaire. Nous étions logés dans un bâtiment en dur que nous réhabilitions pendant tout notre séjour. Les places étant limitées, quelques tentes marabout étaient installées.
Arta domine le golf de Tadjourah. Ce fut une révélation lors des couchers de soleil sur le Ghoubet, magnifiques, d'un orangé qui n'existe qu'à la, hauteur des tropiques. Cette couleur tranche avec l'azur du ciel. Combien de fois ai-je admiré ce ciel? Je n'en ai jamais vu d'aussi étoilé. La mer semblait calme et la douceur de la nuit attirait autour de nos lampes papillons et moustiques, qui font le régal des margouillas (petits lézards aux pattes munies de ventouses leur permettant de se déplacer dans toutes les directions sur les murs). Nous appréciions la brise marine qui vient du golfe et, lorsque le temps était très clair, nous pouvions apercevoir les boutres qui naviguent depuis Djibouti.
Nous descendions à Arta Plage faire des exercices nautiques. j'y ai découvert la mer Rouge, la barrière de corail, l'eau chaude, salée et transparente. C'était un véritable plaisir ce contraste entre la température extérieure insupportable et ces bains dans une eau fraîche soulageant la peau des brûlures du soleil. Les souvenirs effleurent mon esprit, les galets brûlent mes pieds. La mer Rouge, j'en rêvais et j'y étais. Tout se bousculait et soudain, les récits d'aventures jaillirent de ma mémoire. Contrebandiers, pêcheurs de perles, tempêtes sur la mer Rouge...du fond de mon enfance ressurgirent "Les Secrets de la mer Rouge" d'après le feuilleton télévisé, mais surtout d'après la lecture du roman d'Henry de Monfreid. Ce flibustier, écrivain et aquarelliste a bercé mes rêves d'aventurier. Son souvenir auréole d'histoires vécues l'attirance irrésistible que l'Afrique, berceau du monde, a toujours éveillé en moi. Il se nomma Abd el Haï, "l'esclave du vivant", de l'un des quatre vingt dix neuf noms d'Allah après qu'il eut promis devant son équipage d'embrasser la foi musulmane s'ils sortaient vivants d'une effroyable tempête en mer Rouge.
j'eu la chance d'être affecté à la Police Militaire sur la base d'Ambouli, près de l'Aéroport international. Missionné à la surveillance des avions d'Air France, je nouais rapidement amitié avec les différents équipages qui se succèdaient. Lors des escales, nous nous rendions en boutre, tous ensemble avec commandants et hôtesses, sur les îies Moucha et Maskali. Bronzage sur le pont à la faveur d'une brise marine qui adoucit cette chaleur de fournaise. Voir Djibouti de la mer en sortant de l'Escale marine me comblait de dépaysement. j'aperçevais les façades blanches du palais présidentiel et des quelques maisons près de l'Escale. Nous jetions l'ancre près de la plage de Maskali. Une impression de retrouver mes rêves d'enfant: "Robinson et Vendredi", "Llle au trésor", "Moby Dick", un mélange d'aventures, d'exploits, d'expéditions. Mais la réalité présente, c'était cette ~e perdue, sans population, sans végétation, sans pollution, sable fin, blanc, fonds peu profonds. j'avais hâte de plonger pour contempler ces fonds. j'y découvrais des coraux gigantesques, des bénitiers, des poissons lune, chirurgiens, murènes. j'étais attiré par cet univers, j'avais soif de découverte, une épave peut-être, pourquoi pas avec quelques armes? l'ombre de Monfreid grandissante m'excitait.
Djibouti, ville stratégique qui contrôle l'accès de la mer Rouge à l'océan Indien. Lors de ce second séjour, j'ai découvert la place Ménélik, la mosquée Hamoudi sur la place Mahamoud Harbi qui portait autrefois le nom d'Arthur Rimbaud. Toujours ce blanc dominant sur les façades. les arcades permettent de se mettre à l'ombre sur les terrasses des cafés et, la nuit venue, de profrter des soirées sous les lampions.
jouxtant la cité construite en 1884, les quartiers et les bidons-villes àbritent la moitié de la population de la République. La pauvreté était omniprésente: enfants, handicapés, vieillards, mendicité, petits boulots, cireurs, vendeurs ambulants remplissaient les rues. La chaleur humaine délivrée aux hommes blancs était rare, restes d'un colonialisme ségrégataire, entre bonnes intentions et exploitation. Et pourtant il m'est arrivé de discuter avec des Djiboutiens que la présence française rassure. j'apprenais quelques mots et goûtais aux spécialités culinaires locales: samousas faits de viande et de pain récupéré dans les ordures de la décharge d'Arta, porc épic mijoté, brochettes de requin et autres poissons. Le pays était pauvre, très pauvre.
La présence européenne permettait à certains de survivre et de jeunes enfants nous abordaient avec insistance de multiples fois pour réclamer quelques pièces. j'ai fais connaissance avec la misère, mais aussi avec les restes du colonialisme, l'Islam et la stratégie des gouvernements. Garder cette enclave qui s'est ouverte sur le monde arabe est vital pour notre approvisionnement en brut et en matières premières, et majeur d'un point de vue militaire. Trafic de pétroliers, de navires de guerre, de marine marchande. Djibouti reste un point incontournable à la stabilité du Moyen Orient et je dirais mondiale.
Tadjourah, ville de Sultans, jadis ville du marché aux esclaves. Le Day, forêt millénaire perchée sur les montagnes du Goda à 1800 mètres d'altitude, un hectare de verdure sur une surface représentant la Bretagne. Obock, ancienne capitale du Protectorat, achetée en 1 862 par la France, mouillage qui fut convoité par tous les conquérants de la Corne de l'Afrique. Les ombres de Rimbaud et Monfreid planent sur cette ville, de par les récits et les souvenirs qu'ils y ont laissé, ancrés tels une légende dans la mémoire des plus vieux. le cimetière marin de 130 tombes anonymes blanchies à la chaux, alignées face à la mer d'un bleu magnifique, me rappelle que nul n'échappe à son destin, qu'il soit humble ou ambitieux. La vanité des conquêtes et les ambitions humaines trouvent toujours leur dénouement dans pareil endroit. je fut stupéfait par cette violente beauté, tantôt la mer d'un bleu turquoise rivalise avec le basalte d'un noir de mort et tantôt c'est le soleil qui se bat avec le sable du désert du Grand Bara. Tadjourah, Obock, le Day: un triangle inoubliable. La mer, les façades blanches, les plages de sable fin parsemées de crânes et de carapaces de tortues de mer. La forêt dont la fraîcheur permet d'oublier l'aridité volcanique, paysage de désolation, éternels remous de la croûte terrestre, qui rappelle que nous sommes sur une faille africaine des plus importantes. Enfin la vie! S'exclame-t-on lorsqu'apparaît la forêt de Day. Une bouffée de fraîcheur, flore et faune dans ce décor lunaire, la vie loin de la mort qui règne sur le désert, sous la chaleur omniprésente.
Troisième voyage à Djibouti
Mais j'ai appris à aimer pleinement Djibouti lors de mon troisième séjour en 1980. Ce pays renferme secrets, traditions, mythes, histoires et aventures. Des monstres marins seraient enfermés dans le Ghoubet et ne pourraient plus en sortir. On parle d'une raie manta géante que Cousteau serait venu observer d'une cage en métal lors d'une expédition pour explorer ces profondeurs étranges. Du haut d'Arta j'ai vu, un soir de garde, trembler l'ArdoukQba et ce volcan cracher sa lave incandescente, illuminant une nuit noire. Pendant cette période, je suis retourné à Ramda et au Day. J'ai profité d'un bivouac pour admirer de jeunes bergers et des femmes portant sur leur tête d'un port gracieux et fier des outres d'eau, vitale à leur existence. j'aperçus cynocéphales, civettes. De nuit, nous nous méfions des attaques des babouins qui n'hésitaient pas à pénétrer dans le bivouac pour voler notre nourriture. Généralement, ils vennaient s'alimenter dans la décharge voisine le long de la falaise.
j'ai ainsi découvert, peu à peu, les endroits qu'Henry de Monfreid a fréquenté dans ce pays qui fut partie intégrante de sa vie d'aventures, et j'ai pris goût à connaître celui qui hanta pendant plus de soixante ans ces rivages.

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raidsextremesAuteur : Postée le 10 janvier 2008 par raidsextremes
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DJIBOUTI "SUR LES TRACES D'HENRY DE MONFREIDUn récit/album du carnet de voyage :
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