CHANGEMENT DE PAYS MAIS PAS DE DECOR

CAMBODGE "SUR LES TRACES DU CYCLOBARANG"Un récit/album du carnet de voyage :
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Cet instant m'a permis de récupérer du passage pénible de Svay Rieng et je repars dans de meilleures conditions vers Moc Baï, j'ai une envie irrésistible de passer la frontière et de découvrir le Vietnam, mes efforts sont récompensés, j'aperçois la porte de Mac Baï: quelques cahutes en dur font office de service de l'immigration et poste frontière, il n'y a pas âme qui vive. L'incroyable arrive, la frontière est fermée, après dix heures de route, je suis obligé de me rendre à l'évidence, passer la frontière cette nuit est une chose impossible. Je regarde désabusé les policiers qui dorment dans leurs hamacs accrochés aux barrières.
Au pire, quatre à cinq heures d'attente, les moustiques, l'excitation m'empêchent de dormir, je m'assieds dans moncyclo, je lis le ciel, je lis ma course, je pense à l'arrivée, à ma famille, au retour, au défi, méditation sur ma vie. La douleur de mon genou droit a disparu, le repos a été plutôt salutaire, l'attente m'a permis en fait de recharger les batteries. Le soleil se lève, il est six heures du matin mais depuis deux heures déjà, les motos passent la frontière dans les deux sens. Les premiers fonctionnaires de l'immigration et des douanes arrivent mais les bureaux me dit-on n'ouvriront que vers 07H45.
Les fonctionnaires cambodgiens ne me posent aucun problème, je passe la frontière du Cambodge rapidement en cyclo, un « no man's land» de cinquante mètres environ sépare les deux portes. Je descends de mon cyclo et le passage côté vietnamien se fait à pied près de mon engin. Je suis accueilli par les gardes frontières vietnamiens avec une certaine froideur.
Visage fermé, allure martiale donne le tempo malgré mon laisser passer du consulat du Vietnam, ils sont particulièrement tatillons, Les minutes passent et le soleil s'installe, je pense au 80 kms qu'il me reste à faire.
La route est bitumée mais relativement étroite, même côté vietnamien, elle a plus l'allure d'une départementale que d'une route nationale, quelques motos taxis attendent les clients, les véhicules ne sont pas autorisés à franchir le poste frontière. Pas de surprise côté paysage, des rizières à perte de vue, les gens sont coiffés du chapeau conique typique du Vietnam.
Je m'élance sur la route prenant garde aux nombreux camions qui y circulent, la route est en travaux aussi bien côté cambodgien que côté vietnamien. J'arrive à quelques kilomètres de Cu Chi. Hélène et Catherine m'ont rejoint à moto, quelle aubaine. J'ai pu être ravitaillé en eau, il était temps, j'étais à sec. Elles partent à la rencontre du Club des Cyclistes de l'Amicale Franco-Vietnamienne.
Je les vois revenir quelques minutes après, la mine défaite et remplie de tristesse. Elles m'annoncent que Jean Duong, le Président organisateur du Club, vient d'être renversé par un camion sur la route, à l'entrée de Cu Chi.
Tous les cyclistes attendent mon arrivée sur les lieux du drame. Je réalise combien cette route est dangereuse et je culpabilise d'avoir entraîné cet homme vers ce destin. La foule est nombreuse autour de la dépouille de ce pauvre homme restée sur la route à l'endroit exact du choc avec le camion, je me fraie un passage, descend de mon cyclo et accompagné des cyclistes vétérans, je me dirige vers le corps de Jean Duong que l'on a recouvert partiellement d'une couverture. Je prends mon courage à deux mains et je décide d'aller saluer cet homme que je ne connaissais pas et que je ne connaîtrais malheureusement jamais. Je le salue pour sa solidarité.
Je me demande après cet accident si je dois ou non continuer ce défi, un homme est mort simplement pour m'aider à réaliser cette folie. Je me ressaisis et me dis qu'en fin de compte, ce serait plus qu'insultant que j'arrête maintenant. Si ces vétérans sont venus m'accueillir, c'est parce qu'ils croyaient en ma réussite? Je remonte aussitôt sur mon cyclo pousse, la rage au ventre, et je repars avec la ferme intention d'aller jusqu'à Ho Chi Minh ville quoiqu'il arrive.
Je suis escorté par les vétérans du club de vélos, nous passons plusieurs ponts, le plus difficile est celui de Tan Binh. La côte est raide, je ressens les 200 kms que j'ai da
ns les jambes, il me tarde d'être dans la descente. Je m'accroche à la barre de direction, j'essaie de ne plus penser à mes douleurs et à la fatigue qui s'installe, il fait très chaud.
Arrivé au sommet, une brise accueillante me rafraîchit, je regarde les bateaux ancrés dans les canaux, je suis toujours, bien qu'arrivé au Vietnam, dans ce pays d'eau qui caractérise la région du bas Mékong.
Je commence à réaliser que je touche bientôt au but. Sur mon passage, les gens m'interpellent, étonnés de ma venue. Saïgon, reine du sud, au confluent d'innombrables influences étrangères, c'est un peu comme Marseille, on y chante, on y vibre, on y vient, on y va pour faire des affaires et des échanges qui font la richesse du pays.
Elle brille, elle suit la mode, a la tête dans les étoiles. Métropole de presque quelques huit millions d'âmes, c'est une ville impressionnante.
Je roule mais j'ai l'impression de ne jamais entrer dans la ville, la banlieue semble ne jamais finir. Plus j'avance dans la ville, plus elle bouge, je commence à vibrer, des frissons m'envahissent, l'émotion me gagne. Je sais maintenant que rien ne peut plus m'arrêter.
Je demande à un des cyclistes qui parle parfaitement français si le centre historique est encore loin, j'ai envie de plonger dans le cœur de cette ville, il paraît que nous y serons très bientôt.
J'ai hâte d'arriver au Consulat Général de France, Rue Nguyen Thi Minh Khaï, la ville est plutôt moderne, de grandes places, de beaux trottoirs, des magasins plein d'enseignes, des restaurants, des bars. Saïgon fourmille, commerçante, affairée.
La ville m'impressionne, héritage colonial: Immenses demeures à balcons, allées de palmiers, majestueux bâtiments publics, squares, parcs paysagers, entourés de larges avenues donnent à la ville, malgré un flux de circulation important une image aérée qui peut donner place à la flânerie sinon à la poésie.
Malgré cette impressionnante circulation bien régulée, je ne rencontre aucun problème pour me rendre à l'arrivée et à la fin de cette petite aventure. Je suis heureux d'atteindre enfin mon but après 17 Heures, 07 minutes et 23 secondes de pédalage.
L'Arrivée à Saïgon s'est fait dans l'euphorie de l'épuisement, j'ai traversé très vite la ville sans vraiment en profiter.
Heureusement, une journée sur place avant de rentrer sur Phnom Penh me permet de découvrir un peu le Vietnam. Nous allons en taxi du côté du Sinh Café où nous prenons nos billets de bus pour le retour au Cambodge avec la Cie Capital. Autour du Sinh, nous sommes un peu dans le quartier européen, il ya des bars, beaucoup de boutiques de souvenirs, d'artisans, de galeries de peinture.
Nous déambulons dans les ruelles à la découverte de ces richesses. Les trottoirs sont propres, les caniveaux fonctionnent. Rien à voir avec le Cambodge. J'achète à un vendeur de rue le journal Thé Tao dont un article relate mon exploit et je regarde un cyclo vietnamien à la recherche d'un client, je ne peux m'empêcher de penser à cette journée de folie que j'ai vécu à l'effort que j'ai donné pour réaliser ce défi.
Je m'en rends vraiment compte sur le chemin du retour, nous avons pris le bus Capital pour rentrer sur Phnom Penh, nous sommes ballottés pendant près de huit heures, j'ai des courbatures, je ne sais plus comment m'asseoir sur mon siège. Je crois que si c'était à refaire nous reviendrons en avion. Néanmoins, ce transport me permettra de réaliser vraiment ce que j'ai enduré et les embûches auxquelles j'ai échappé.
La route est vraiment dans un état incroyable, ma famille me demande si je réalise ce que j'ai fait. Je ne pensais pas qu'elle était aussi défoncée, le paysage de jour ne ressemble pas à l'image que l'on se fait de nuit, la visibilité est différente, on n'apprécie pas le danger de la même manière. Je suis heureux d'avoir atteint mon objectif, Saïgon restera à jamais gravée dans ma mémoire.

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CyclobarangAuteur : Postée le 26 September 2007 par Cyclobarang
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