A travers l'Inde du Sud

Carnet de voyage en Inde

Banians à Auroville

Ce voyage en Inde était dans les projets de la famille depuis un bon bout de temps, car depuis 1988 j'avais une petite sœur arrivée d'Inde. Les restaurants indiens et reportages télé ne nous suffisant pas, il fallait bien qu'un jour toute la famille visite le pays d'origine de la p'tite dernière.
C'est finalement avec des copains à mes parents, et par l'intermédiaire d'une agence de voyage que nous sommes partis. Voyage organisé et itinéraire balisé, donc, mais "à la carte" et nous laissant pas mal de liberté. Car nous ne sommes pas partis (ni revenus) les mains vides : outre les habituels stylos à distribuer et timbres-poste à échanger, nous avions pris soin d'organiser notre parcours en fonction des associations locales avec qui travaillait l'association d'adoption et de parrainage des AEM (Amis des Enfants du Monde), afin de ramener des nouvelles fraîches aussi bien en Inde qu'à leurs partenaires français.
Nous sommes donc partis, mes parents (Jo et Annie), ma sœur Christina et moi-même, accompagnés par un copain à mes parents, Gérard, curé de son état et qui fut en quelque sorte la caution religieuse auprès de l'orphelinat (catholique) pour l'adoption de Christina. Une famille d'amis (Serge et Yvette, leurs deux enfants Fred et Marielle, et une amie, Blandine) devant nous rejoindre à Bangalore au bout de quelques jours.
Petite précision : pour rédiger ce carnet je me suis aidé du cahier que nous avons rempli au cours du voyage, chacun notre tour. Le texte est donc imprégné de l'état d'esprit du moment de chaque rédacteur ! Je précise aussi que j'avais à l'époque 16 ans, d'où le choc de l'arrivée, le mal du pays et les 10 ans de digestion avant de retourner voir "Mother India" !

Durée : 1 jours ( du 02/08/1998 au 02/08/1998)
Zone : Inde (+ de carnets de voyage) (Carnet sélectionné)[?]
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Pierrot
Carnet de voyage créé par Pierrot
Le 20 avril 2008

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Madurai et Trichy, hauts lieux spirituels

Nous quittons définitivement la montagne par une route escarpée vers la belle plaine de Madurai.
Arrivée à Madurai en début d'après-midi, corvée cartes postales (comme il est déconseillé de lécher les timbres, c'est très, très long), puis visite du musée de Gandhi, qui a séjourné ici. C'est ici aussi qu'il a décidé de délaisser les vêtements occidentaux pour le traditionnel dhoti. Exposition de photos sur l'histoire de l'Indépendance.
Début de la visite du temple de Mînâkshî consacré à Shiva qui avait béni de quelques gouttes du nectar de sa chevelure la ville (la plus ancienne du Tamil Nadu). Le temple a été construit entre 1623 et 1660, c'est aujourd'hui un des plus fréquentés de l'Inde. Quatre grands Gopura chargés d'une multitude de sculptures polychromes surmontent les portes d'entrée. Le temple est séparé de l'extérieur profane par plusieurs enceintes, et tout au centre se trouve le temple de Shiva couvert d'une coupole d'or. Il y a aussi la fameuse "Salle aux 1000 piliers" (en fait 985 !), et un musée qui contient plusieurs statues et sculptures. Les activités commerçantes et religieuses sont intenses.
Nous essuyons un orage de mousson assez violent qui couvre la chaussée d'un fleuve de boue en quelques instants. Nous pataugeons jusqu'aux chevilles à travers les halls et les cours. Nous finissons par quitter le temple à la nuit.
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20 août
On quitte l'hôtel à 7h30 pour revoir le temple de jour. De nombreux pèlerins et dévots sont déjà là. Beaucoup de gens endormis à même le sol.
Il n'est plus possible de monter sur le plus grand Gopura (60m), car un européen s'était jeté du haut il y a quelques années. Voir Madurai et mourir ? Cependant un antiquaire nous invite sur la terrasse de son magasin (rempli d'objets d'art chics et bien chers !) pour avoir une vue sur l'ensemble du temple et de la ville. Superbe.
Départ pour Trichy.
En route, arrêt dans la campagne pour visiter une des riches demeures des marchands Chettiars enrichis au XIX° siècle. Ils ont subit un revers de fortune après l'Indépendance et ont déserté la région. Certaines maisons sont très délabrées, mais d'autres restent somptueuses. Nous visitons celle d'un marchand habitant Madras (où il possède un palais encore plus grand et plus beau !). Il vient ici deux ou trois fois par an avec quelques (200) invités. 6 personnes s'occupent de la maison.
Nous continuons sur Trichy (ou Tiruchirapalli). Visite du temple de Sri Rangam, véritable ville dans la ville, entouré de 7 murs d'enceinte surmontés de 21 Gopuras. C'est le plus grand complexe de temples de l'Inde. Nous avons la chance de trouver un guide parlant très bien français, et qui nous fait une excellente initiation à l'Hindouisme (que je vous épargnerai ici : pour les mordus, allez voir dans le guide, et complétez-le si possible !!!). Le temple est dédié à Vishnu (il y a une trinité : Brahma le créateur, Vishnu le protecteur et Shiva le destructeur, chacun possède une foule d'avatars, de principes féminins, etc.). Le guide nous montre aussi quelques sculptures érotiques (hi hi hi !) qui selon lui participeraient à l'éducation sexuelle des jeunes. D'autres sources donnent des explications différentes, bref, à part faire rire les indiens en voyant les touristes ouvrir des yeux comme ça et faire semblant de regarder ailleurs, on ne sait pas vraiment pourquoi ces personnages de bois ou de pierre revisitent le Kama-Sutra dans des lieux sacrés ! La visite se termine mal, le guide refusant nos 100 roupies de pourboire alors que Surinder lui en a déjà donné 250. Il réclame 300 de plus (l'équivalent de 6 repas). Menaces, insultes... Il finit par prendre nos 100 Rps.
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21 août
Visite de l'association SEVAI à Allur (10 km de Trichy), association tournée vers les femmes, car c'est par elles que passe l'éducation des enfants. L'association finance aussi des projets par le système des micro-crédits (système de la Grameen Bank initié dans les années 80 au Bangladesh, Prix Nobel de la Paix il y a un an ou deux).
La visite prendra plus de temps que nous pensions, du coup le temps nous manque et nous zappons la visite du site religieux de Rock Fort. Route pour Tanjore.
Nous visitons un très beau temple classé au Patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO. Belles statues de bronze, magnifique bibliothèque renfermant des manuscrits très anciens, dont certains sont écrits sur des feuilles de palmiers.
Nuit à Kumbakonam

Statue de Gandhi à Madurai
Détail d'un Gopura
Détail d'un Gopura de Minakshi
La coupole d'or du temple de Shiva
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Kumbakonam et Gangakondacholapuram (à vos souhaits !)

Kumbakonam est une ville célèbre pour ses temples aux sculptures très colorées. Balade agréable la veille au soir dans les rues très animées du bazar. Achat de sandales dans un magasin... Bata !
Le matin, visite des temples de Savangapam et de Nageshwara. Les nombreuses sculptures érotiques font notre bonheur, d'autant plus que Surinder a tout fait pour nous en détourner !!!
Arrêt pour midi au magnifique temple de Gangakondacholapuram, perdu dans la campagne. Endroit très paisible et reposant, ce temple n'est plus en activité mais très bien entretenu. Pique-nique sur la pelouse à l'ombre des cocotiers, assistés d'une bande de gamins que Gérard réussit à maitriser en distribuant des... noix de coco. Concours de grimpe dans les cocotiers avec les ados du village, nos performances sont pitoyables, à part Serge qui réussit à atteindre le sommet. Très belle vue sur la campagne environnante depuis le haut du temple. Cette halte est bénéfique pour tous : un peu de calme dans ce pays si stressant, grouillant, bruyant.
Route pour Chidambaram, gros orage de mousson. Des flots de boue envahissent les rues des villages et les maisons. Visite du temple Nataraja qui est, paraît-il, le temple d'Inde du Sud où règne la plus grande activité religieuse. Grande déception : l'endroit est sale, dégradé, peu entretenu. Nous sommes assaillis par des prêtres, guides, mendiants, lépreux, handicapés et autres épileptiques. Sensations désagréables. On a du mal à ressentir "l'atmosphère unique du lieu"...
Route vers Pondicherry sous une pluie battante. On pose nos sacs au Park Guest House qui appartient à l'ashram de Sri Aurobindo. Règlement digne d'un pensionnat de jeunes filles ! Portrait de Sri Aurobindo et de "La Mère" dans toutes les chambres, horaires de repas stricts, couvre-feu et fermeture du portail à 22h30, accueil des visiteurs dans un salon à part, pas de cigarettes, drogues ni alcool, bien sûr... On est loin de l'imaginaire hippie !
Pondicherry oblige, nous nous ruons vers le resto de l'Alliance Française pour un repas de riches (350 Rps/pers) mais fort bon et calmant le mal du pays. Retour à l'hôtel à 22h45... porte close, négociation avec le gardien. Hôtel immense, très clean, belles chambres avec salles de bain, moustiquaires, balcons, bord de mer, jardin et pelouse agréable... Où est l'Inde ? Il semble que l'ashram possède beaucoup d'établissements et de magasins à Pondicherry, et soit très riche. On apprend qu'il y a eu scission entre l'ashram et Auroville, les premiers étant beaucoup plus mystiques et (psycho)rigides, les Aurovilliens recherchant l'expérience de terrain grandeur nature. On en saura plus demain en visitant la cité "idéale".

Le petit temple dans la prairie
Cocotier climbing
Déjeuner sur l'herbe
Gangakondacholapuram
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Auroville, cité idéale ?

La visite d'Auroville nous surprend un peu. Tout cela paraît complètement anachronique dans l'environnement de pauvreté qui règne à l'extérieur. Immense domaine protégé de barbelés. Reboisement important. La gigantesque sphère (le Matri-Mandir, encore inachevé par manque de moyens financiers) trône au centre du domaine et semble venue d'une autre planète (on peut la voir du ciel en zoomant sur "Google Hearth" !!!).
Nous rencontrons un français qui fréquente les lieux régulièrement. Ses explications atténuent un peu notre méfiance et notre scepticisme. Vivent ici environ 1400 personnes, dont 400 indiens, et beaucoup de français et d'allemands. De plus en plus de difficultés financières, depuis la scission avec l'Ashram. Difficultés pour prendre des décisions, car pas de hiérarchie - plus de gourou.
Les règles initiales sont plus ou moins modifiées pour des raisons liées aux échanges indispensables avec l'extérieur (échanges en particuliers commerciaux). Deux mouvements se dégagent : les purs et durs qui voudraient par exemple terminer le Matri-Mandir (à recouvrir d'or fin !!!), et les autres plus pragmatiques. L'expérience reste toutefois intéressante.
Visite d'une partie du village : locaux communs, jolies maisons dans les arbres, entourées de jardinets et bassins... Un rêve !(?) Nous terminons la journée sur la plage d'Auroville au bord de l'océan indien. Eau délicieusement chaude, grosses vagues et sable fin. 2h de vacances "classiques" !
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24 août
Le matin, visite du marché de Pondicherry, haut en couleurs et... en odeurs (viandes, poissons et leur cortège de mouches).
NB : Il est possible de séjourner à Auroville, il y a des guesthouses en tant que visiteurs. Nécessite un minimum de motivation !

Le Matri Mandir d'Auroville
Banians à Auroville
Plage près d'Auroville
Etalage de poissons à Pondicherry
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Mahabalipuram

Après une heure passée à la Bank of India (Patience...), nous faisons route vers Mamalapuram (ou Mahabalipuram). Belle route bordée de petits villages sous les cocotiers, immenses marais salants.
Repas de fruits à l'ombre des arbres de l'hôtel (petits cottages) non loin de la plage, suivi d'une baignade pour certains. Départ pour la visite du site avec un guide anglophone. Parce que Mahabalipuram est surtout connu pour un petit temple près du rivage, probablement construit au VII-VIIIème siècle sous la dynastie des Palava, et redécouvert et désensablé en 1923. Cette dynastie exporta sa civilisation vers la Malaisie, le Cambodge, Java et Sumatra.
Le temple est très érodé par les vagues et le vent du large, il est maintenant protégé par une digue. Le guide nous explique que le mortier qui lie les pierres est composé de coquillages pillés, d'eau, de sucre et de citron !
Détour par un petit marché aux poissons (ah, les mouches !), puis un village de pêcheurs.
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24 août
Lever à 7h du matin. Ceux qui sont réveillés vont à la plage. D'après Blandine, la mer est plus calme le matin. Tant mieux, parce que les vagues étaient vraiment très violentes hier. Erreur : c'est pire encore ! Mais on y va quand même, et puis l'eau est très chaude.
Départ pour Madras (Chennai).

Marais salants
Lion à Mahabalipuram
Site de Mahabalipuram
Mahabalipuram
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Chennai (Madras)

La route de Chennai (je me force à ne pas dire Madras, c'est un nom colonial) file le long de la mer, il y a des grandes plages de sable.
On fait un arrêt dans une école de danse traditionnelle, où nous assistons à un cours très... cosmopolite : outre 4 indiennes bon teint, il y a une japonaise, une américaine une russe et une sri-lankaise ! Celles qui se débrouillent le mieux sont la sri-lankaise et la japonnaise (si si !), par contre l'américaine, trop grande, semble bien maladroite. Au total, elles suivront 4 ans de cours, 6 jours par semaine, avec 3h/j de danse et des cours théoriques, de musique, de langue, de chant...
Visite express de la ville en minibus : grande ville polluée (comme tant d'autres en Inde). Très grande plage de sable (une des plus grandes de l'Inde).
Après-midi shopping de fin de voyage. Le soir, repas avec Surinder notre guide et Sathya notre chauffeur, à qui nous faisons une lettre relatant les circonstances de l'accident.
L'hôtel est très sale (en particulier la literie), il y a des moustiques et il fait très chaud.

Ecole de danse près de Chennai
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Retour au bercail via Mumbai

Départ matinal (5h45) pour la gare de Chennai. Nous faisons nos adieux au "staff" et remettons à chacun une enveloppe. Nous trouvons facilement nos places dans le train : nos noms figurent sur le wagon, écrits presque correctement... Les Perrin sont dans le wagon d'à côté. Nous partageons le compartiment avec une grosse dame indienne un peu envahissante (des paquets partout) et surtout qui tousse et crache beaucoup (par la fenêtre). A 9h30 elle veut dormir et nous vire tous sur la banquette d'en face. En fin de compte elle est sympa, ne comprend pas l'anglais mais nous sourit beaucoup.
La journée passe vite. Tarots, lecture, et "animation" continue à l'extérieur comme à l'intérieur du train. Défilé continu de vendeurs de café (coffee ! coffee ! avec une voix stridente), ice cream (voix encore plus stridente...), cacahouètes, bananes, beignets, musiciens et bien sûr, mendiants (aveugles, estropiés, lépreux, enfants...). Accident sur la voie : le train a heurté une femme. Suicide ou accident ?
A 19h, les employés du train nous proposent une soupe de tomates bien chaude. Notre voisine partage avec nous ses galettes qu'elle déballe d'un papier journal bien ficelé. Nous n'avons que des bananes à lui proposer en échange. Longue discussion avec trois hommes qui nous questionnent sur nos ressentis sur l'Inde. Ils aimeraient voir des photos de la France. Ils sont très intéressés par nos livres sur l'Inde, les consultent et commentent les images. Je leur propose des timbres français que j'avais avec moi, ils se les arrachent comme des enfants ! Ils descendent de train en fin de soirée après nous avoir questionné à propos de Christina (une indienne dans une famille d'européens ?) et de ses appareils auditifs. Nous nous couchons enfin. Dehors il pleut.
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27 août
Arrivée à Mumbai sous une pluie battante, le wagon est inondé, les rues aussi. Les gens ont de l'eau jusqu'aux genoux ! Il pleut comme ça depuis deux jours à Mumbai. Tout est inondé d'une eau boueuse et chargée d'ordures. Les rickshaws ont de l'eau jusqu'en haut des roues. Vu la situation, nous décidons de rejoindre l'aéroport au plus vite malgré la grogne des filles qui ont (encore !) des achats à faire. Nos bagages manquent d'être noyés par le débouchage brutal des chenaux de la gare. Nous empruntons les grands axes. Les gens n'ont pas l'air affolés pour autant et déambulent, saris et pantalons relevés jusqu'aux genoux. La pluie n'arrête pas non plus les mendiants qui continuent à circuler entre les voitures en quête de quelques roupies. Nos soucis sont bien dérisoires...
Vers 16h, nous partons faire enregistrer nos bagages, et là... surprise ! La moitié des billets n'ont pas été confirmés (ceux des Perrin) et l'avion est complet !!! Incrédulité tout d'abord, mais il faut bien se rendre à l'évidence : pas question pour eux d'embarquer ce soir. Téléphone à l'agence qui affirme avoir fait le nécessaire, mais la Gulf Air ne veut rien entendre. Serge se démène, mais rien n'y fait. A 18h, les chanceux que nous sommes embarquent. Salut les copains... on leur laisse nos dernières roupies, des gâteaux, une bouteille d'eau, et on leur promet un bon gratin dauphinois à leur arrivée en France. Mais quand ?
L'avion décolle à 19h30, on nous sert un repas chicken & rice bien épicé. On ne s'en sortira donc pas ! Escale à Bahreïn, avion en retard (décidément, on se souviendra de la Gulf Air), puis arrivée à Paris à 7h20 heure locale (11h à Mumbai). La brume se lève, il fait beau mais frisquet (9°C, soit 30° de moins qu'à Bahreïn !). Finalement on est bien contents d'avoir un peu froid ! L'air sent déjà l'automne et c'est bien agréable. Comme tout parait propre et aseptisé ! La gare est étrangement calme... ça change de Mumbai ! Une petite pensée pour les copains coincés là-bas !
Finalement, ils reviendront trois jours plus tard, avec excuses et excellent hôtel aux frais de l'agence de voyages.

Perdus dans la gare de Chennai
Rues de Mumbai sous la mousson
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