A la mer en vélo, à travers les Alpes du Sud

Carnet de voyage en Provence-Alpes-Côte d'Azur

La Casse Déserte

Ce trip en vélo pourrait éventuellement se classer dans les voyages initiatiques, il remonte à la période, que beaucoup d'entre nous ont vécue, des premiers grands trajets en stop, des destinations choisies au dernier moment et des (petites) galères à dormir au bord de la route parce qu'on ne savait pas que dans un camping, eh ben il faut réserver monsieur. C'est là qu'on commence à apprendre un peu sur soi-même, mais aussi beaucoup sur son compagnon de route qu'on croyait bien connaître !
Pendant un week-end bien mérité durant notre boulot d'été (récolte des framboises...), Vincent (mon cousin) et moi sommes tombés sur un reportage qui se terminait sur la Côte d'Azur. "Wouah ! c'est chouette ! Allez, c'est là-bas qu'on va !" Et nous voilà partis, les vélos sur le toit de la voiture (yessss ! ma première voiture ! une belle 4L rouge !) pour rejoindre la maison de ses parents dans les Hautes-Alpes. Comme départ, c'est plus chouette que Lyon !
Itinéraire tracé vite fait sur la carte Michelin, plus en fonction des jolis cols et des kilomètres que des possibilités de camping, droit jusqu'à Menton, puis Monaco et Nice. Pour remonter, on verra bien...

Durée : 1 jours ( du 10/08/2001 au 10/08/2001)
Zone : Provence-Alpes-Côte d'Azur (+ de carnets de voyage) (Carnet sélectionné)[?]
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Pierrot
Carnet de voyage créé par Pierrot
Le 08 avril 2008

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Le Lautaret et l'Isoard

Déjà au départ, ça commençait bien ! On devait partir la veille, mais comme il pleuvait... Finalement on décolle du hameau des Cours vers 11h, on peut pas dire qu'on s'est dépêchés.
De Villar d'Arêne, on est très vite au Col du Lautaret, mais on sait qu'un fois la descente attaquée on ne pourra plus revenir en arrière : il faudrait remonter ! Midi sonne quand on traverse Chantemerle (Serre-Chevalier).
Pas d'arrêt en traversant Briançon, puis on attaque la lente, très lente ascension du Col de l'Isoard. C'est marrant, ils vont plus vite au Tour de France ! Peut-être que c'est parce qu'ils ne se trimballent pas 10 kg de sacoches au cul du vélo ? Et puis pourquoi on passe par un col ? alors qu'ils suffisait de suivre la Durance ? TAIS-TOI ET PÉDALE !
On finit quand même par s'arrêter à Cervières pour casser la croute, mais on a pas encore fait le plus dur... Puis on repart, presque sans s'arrêter, jusqu'au col qu'on atteint le visage rouge et suant vers 16h30. Ce chameau (à tous les sens du terme, je suis sûr qu'il me nargue) de Vincent paraît grimper sans efforts, moi je n'ai eu pour tout entraînement qu'une petite ascension du Galibier (10km depuis Vilar d'Arêne !).
La descente est très longue pour arriver à Guillestre. Ça commence par la traversée de la Casse Déserte (magnifique), puis on plonge sur la vallée du Guil (Queyras), pour ensuite longer la rivière jusque dans la vallée de la Durance. Arrivée à 18h30. Ça nous fait quand même 88km !

Au Col du Lautaret
Au Col de l'Isoard
Dans l'immensité de Casse Déserte
La Casse Déserte
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Vars et la Caillole

Ce jour-là, on s'est levés tôt, et il valait mieux : on doit passer deux grands cols !
Ça commence avec le Col de Vars, dès 8h du matin, et en fin de compte on le trouve pas si dur que ça. Comparé au mythique Col de l'Isoard de la veille, en tous cas. On arrive donc au sommet vers 11h, puis une descente pépère nous mène à Barcelonnette, avec un petit bout de route dans la belle vallée de l'Ubaye. On casse la dalle sur la place du marché de Barcelo'.
L'après-midi s'annonçait déjà moins joyeuse : 30km de montée par grosse chaleur, avec à peu près 1300m de dénivelée. Sachant qu'on n'avait pas passé la matinée à enfiler des perles ! Juste histoire de rire, le vélo de Vincent commence à déconner (couinements dans le pédalier) et son propriétaire d'insulter tout ce qu'il est possible d'insulter, en particulier ledit vélo et surtout le Col. Qui, lui, n'avait rien demandé à personne.
Finalement, on arrive à l'écriteau "Col de la Cayolle, 2296m" vers 18h du soir, pause photo, puis on redescend vite vite avant la nuit sur Entraunes, aux sources du Var (la rivière, pas le département). Le gérant du camping, en nous voyant arriver sur nos montures, nous propose de payer moitié prix si on lui regonfle ses pneus. Chiche !

Vincent sur la route du col de Vars
Sur la route du col de Vars
Descente par l'Ubaye
Route du col de la Caillole
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La Tinée et la Vésubie

Départ à 8h, et on commence par du bonheur : 18km de descente ! Jusqu'à Guillaumes, où on fait notre marché. On se croirait déjà en Provence, l'atmosphère prend des accents marseillais...
Mais il faut déjà songer à recommencer le cycle infernal des ascensions de cols, direction la station de sports d'hivers de Valberg. Beaux paysages, mais cela devient décevant à mesure que l'on se rapproche de la station. Petite descente sur Beuil, en haut des gorges du Cians (à voir absolument, avec les gorges de Daluis aussi), puis on remonte au col de la... Couillole (sic !). La remontée rapide, le col peu élevé (1678m), mais une sale surprise nous y attend : la vallée de la Tinée, où l'on ne voulait pas s'arrêter, est très très profonde et encaissée...
On s'arrête dans la descente pour manger au très beau village de Roubion, qui nous ferait (presque) oublier la raideur de la route qu'on devine en face... A Saint-Sauveur-en-Tinée, vent très violent venant de la côte, rendant difficiles les 4km de descente jusqu'à la route du col St Martin. Et puis il y a surtout ce panneau "Nice : 60km" qui achève de nous démoraliser : on va faire pas loin de 200km par les cols pour atteindre la Promenade des Anglais...
Longue, très longue montée au Col St Martin, dont le sommet est occupé, lui aussi, par une station de sports d'hiver (la Colmiane). Les gens qui nous voient arriver nous regardent en coin, il faut dire que Vincent gueule de plus en plus fort contre son vélo, ce p... de col, c'est pas vrai, on est encore dans les Alpes, j'en ai marre de ces montagnes à la con, c'est quand la Provence ? Heureusement, la descente sur St Martin Vésubie l'aura calmé.

Sur la route de Valberg
Roubion, accroché à la pente
Roubion
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Méditerranée, nous voilà !

Après une courte descente matinale de St Martin à Roquebilière, la montée fut longue pour le Col de Turini, mais le paysage en valait la peine. La route est belle des deux côtés du col (façon de parler, il y a en fait quatre côtés : c'est un carrefour). Au col, un petit chalet du Parc National du Mercantour, l'occasion d'une bonne pause à regarder des photos d'oiseaux et autres bestioles. Puis on descend sur Sospel, la route est toujours aussi belle.
Bon casse-croute à Sospel, puis le dernier col de notre descente à la mer : le Col de Castillon. Celui-là nous fait déjà rigoler, il culmine à 700m, on est loin de l'Isoard ou de la Caillole ! Et puis on a aussi une bonne motivation : la Mer (qu'on va bientôt voir danser). L'ascension est effectivement courte, mais très sympa, entourée d'une végétation déjà typiquement sudiste : chênes verts, etc. Et au col... on la voit enfin ! La Méditerranée !Youpi ! Yahooooo !
Autant dire que nos vélos foncent jusqu'à Menton, altitude 0, direction la plage, les casinos, les biftons, les Porsches, les gonzesses ! Ah ben non, ça va pas être possible : on dirait deux loqueteux en cuissard cycliste, qui puent la sueur et le cambouis...
Mais bon, après une bonne baignade, ça sent déjà moins fort, et on peut aller visiter la ville, bécanes à la main, pour se goinfrer d'une bonne pizza, ce qui nous change des soupes minutes et des nouilles cuisson 2min (on a tapé les restes d'une expé hivernale aux Grandes Jorasses !).
Le soir arrivant, on réalise subitement qu'on a pas vu beaucoup de campings 2 étoiles (ou moins), et que le plus proche se trouve à au moins 5 bornes et après une bonne côte... On cherche le long du front de mer un coin pour une belle étoile tranquille, mais tout est occupé par des villas hyper-surveillées... On finit par revenir sur la plage, quasiment le centre-ville, et Vincent réussit à me convaincre qu'on peut très bien y dormir. Tu parles, on a droit à un défilé de voitures de luxe et de jet-setters jusqu'à au moins 4h du matin, m'est avis que demain on va pas faire beaucoup de kils.

Vallée de la Vésubie
Chapelle perchée (Vallée de la Bévéra)
Descente sur Menton
Castellar, au dessus de Menton
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Perdus dans Monaco

Au réveil, on s'aperçoit qu'un type pas très net a profité de notre toile de tente transformée en couverture pour piquer lui aussi un roupillon. Quand on commence à plier bagages, il se barre en titubant, façon Las Vegas Parano... Cool...
Départ de Menton très tranquille, après un petit déjeuner au bistrot. Petit passage de la frontière pour faire un tour à Ventimiglia, en Italie. On avait absolument rien à y faire ou à voir, juste pour l'ambiance italienne (ben oui, nos grand-mères sont ritales...).
Retour en France par le même chemin, traversée de Menton, puis commence pour nous une longue errance à travers Monaco. Le paradis des riches est bel et bien l'enfer des cyclistes ! Des avenues dans tous les sens, des tunnels, et comme c'est un rocher, ça ne fait que monter, descendre et tourner ! Une horreur cyclotouristique ! En plus, on se fait refouler d'une plage : on a essayé d'y entrer pépères, mais une espèce de gorille en costard à oreillette nous a barré la route : "Je suis désolé, messieurs, mais ça va pas être possible." Texto ! Quoi ? Ils sont pas assez classes nos cuissards ? Enfoiré va !
Puis, l'errance continua, on était bel et bien perdu dans ce monde doré (comme a dit Vincent en voyant les trottoirs en marbre, on se croirait dans une salle de bains !). On s'est même fait refoulés à un poste de douane : c'était pas le bon, il était réservé aux voitures. Finalement, on a du se rendre à l'évidence : pour quitter Monte-Carlo direction Nice, il fallait soit remonter loin là-haut sur la corniche, soit traverser des tunnels. Las de tous nos précédents cols, on a choisi les tunnels... Cyclotouristes du monde entier, révoltez-vous ! Envahissons ce monde de pingouins en Rolls et balançons-les à la mer !
Sortis de l'enfer bancaire, une autre plage, magnifique crique sous la corniche, nous refoula aussi : il fallait abandonner les vélos au bord de la route pour y descendre par un minuscule sentier à flanc de falaise...
Mais on a pu se rattraper au Cap Ferrat : pas de camping, nous dit-on à l'Office du Tourisme. Qu'à cela ne tienne, on va se baigner comme tout le monde, puis une petite balade dans cet autre paradis pour riches surprotégés derrière leurs murailles à tessons de bouteilles, et hop ! on revient sur la plage à la nuit, la plage pour nous tout seuls ! Deux crasseux qui narguent les bourges en campant sous leurs fenêtres ! Bonne petite soirée avec des jeunes de Nice venus se faire un petit feu sur la même plage.

Lever du jour sur la plage à Menton
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Cap Ferrat - Grasse

L'étape du jour s'annonce particulièrement difficile : 40km et 350m de dénivelée, ça détend après les Alpes ! Petit passage à Nice, par la Promenade des Anglais, où je tombe tout-à-fait par hasard sur un copain du Jura, qui venait d'émigrer sur la côte pour du boulot. Y'en a qui ont des vies difficiles.
Petite baignade à Cagnes s/Mer, puis on quitte la côte direction Grasse et la Route Napoléon. conditions finalement assez rudes, il fait au moins 40°C, et le vélo de Vincent continue de grincer et couiner, ce qui n'améliore pas le caractère de son proprio. Mais on arrive finalement dans la capitale des parfums, qu'on repère de loin à l'odeur, d'ailleurs. Pour les littéraires, le roman de Süskind "le Parfum" se déroule en partie dans cette sympathique ville.
Renseignements pris, les campings sont pleins, le seul qui pourrait nous accepter est à plus de 10 km, et on se fait même engueuler par la gérante du plus proche. Repas pris sur une petite place dans la vieille ville, ce qui a le mérite d'attirer du monde, on discute en mangeant. La plupart nous prennent pour des doux dingues...
On finit par trouver un bout de chemin entre deux villas pour planter la tente, pas loin de la route Napoléon. A peine la tente installée, voilà Vincent qui décide d'aller prendre une douche. Au camping où s'est fait jeter. Juste pour se venger. Moi j'en ai plus le courage...

Camping sauvage au Cap Ferrat
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La Route Napoléon

Départ tardif de Grasse, parce qu'il a fallu descendre tout en bas de la ville pour trouver un magasin de sport pour réparer le vélo de Vincent. Le roulement du pédalier était complètement rincé ! Puis on remonte vaillamment les rues parfumées de Grasse, pour attaquer enfin la mythique "Route Napoléon" (la RN 85).
Première grimpette jusqu'au col du Pilon, où on s'arrête pour souffler et causer avec un grenoblois qui se tapait les 300km Grenoble - Grasse dans la journée ! La vache ! Il m'a quand même pris pour un dingue en constatant que je me trimballait mes 10kg de sacoches depuis les Alpes sur une vieille bécane de 15kg avec seulement 2 plateaux de vitesses...
La route est très casse-pattes, car les cols ne sont pas très longs mais nombreux, et il fait toujours chaud, l'eau n'est pas très abondante. En vrac : Col du Pilon (780m), Pas de la Faye (981m), Col de Valferrière (1169m), Col de Luens (1054m), puis enfin l'arrivée à Castellane, au bord du Verdon.
Mea culpa, le soleil a du trop me taper sur la tête, j'ai oublié de prendre des photos !

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Les Gorges du Verdon

De Castellane, on arrive très vite au-dessus des gorges du Verdon. Comme on avait pas envie de faire trop de détours, on est restés sur la rive droit, côté "Point sublime". Et pour du sublime, on en a eu ! MAGNIFIQUE ! Je peux pas le décrire, alors regardez les photos, cette fois j'ai mitraillé ! Histoire d'en profiter au maximum, on a fait le détour par la route des crêtes : ça monte pas mal, mais ça en vaut vraiment la peine. Au sommet, on croise les grimpeurs qui s'essayent sur ces falaises mondialement réputées. Et en prime, une rareté du code de la route, au détour d'un virage : un panneau "klaxon obligatoire". C'est con, j'ai oublié de le photographier. Moustiers Ste Marie est un village très beau lui aussi, et il y a un excellent petit camping semi-sauvage et pas cher.

Kayaks sur le Verdon
Gorges du Verdon
Falaises du Verdon
Vue plongeante sur le Verdon
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Moustiers Ste Marie - Manosque

Et voilà, aujourd'hui on va retrouver la vallée de la Durance... Au départ de Moustiers-Sainte-Marie, on rencontre un Alsacien d'une soixantaine d'années, à vélo comme nous, et qui venait de se taper plus de 3000km en 6 semaines, à travers l'Allemagne, la Suisse et l'Italie ! Là, il remontait tranquillement vers l'Alsace par les chemins de traverse... Il y en a des que la retraite occupe beaucoup !
Sinon, l'étape est sympathique, le dénivelée pas très violent, même plutôt descendant, ça repose. On traverse plein de petits patelins sympas, comme Gréoux-les-Bains, où on se tape un magnifique orage. Premières gouttes de pluie depuis 8 jours qu'on est partis !

Gréoux-les-Bains
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Retour au bercail

La veille, on est tombés d'accords sur un point : on veut rentrer le plus vite possible. Du coup, on va essayer d'aller chopper un train pour Briançon du côté de Sisteron ou Laragne. Tout au plus 65km, donc.
On s'égare un peu au départ, sur une route trop passante pour traverser rapidement avec nos lourds engins, du coup on se fait engueuler par flic qui nous voit pédaler comme des malades sur le trottoir. Et là... stupéfaction de Vincent et du fonctionnaire, que je me met à engueuler comme du poisson pourri "mais comment voulez-vous qu'on fasse autrement avec tous ces c... de chauffards qui nous laissent même pas traverser !". "Mais fallait le dire", me répond l'agent impassible, qui se plante en travers de la route, obligeant toutes les bagnoles à piler. J'avoue qu'après coup je me suis senti un peu con...
De Manosque à Sisteron, il y a 50km, qu'on va faire en moins d'1h30, poussés par un vent du sud et un entrainement de déjà 10 jours. On n'en revient pas, on double tous les autres cyclistes, malgré nos grosses sacoches et nos vieux biclous ! Au moins 40km/h de moyenne ! Comme on a de l'avance sur le train à Sisteron, on poursuit jusqu'à la gare de Laragne-Monteglin, mais pas plus loin, parce qu'après ça monte de plus en plus !
En descendant du train à Briançon, on s'aperçoit qu'il n'y a plus de gourdes sur nos vélos... Ah les salauds, on nous les a tirées ! Vincent finira par m'avouer (le lendemain, quand je serai calmé) que c'était lui qui les avait oubliées dans les toilettes de la gare... Mais du coup, on s'est quand même tapé le Lautaret presque sans flotte ! Il n'y a que 30 bornes mais pas loin de 1000m de dénivelée ! Et moi qui étais heureux d'en finir ! Mais bon, ça fait du bien de rentrer...
Allez, quelques photos de la Haute Romanche pour fêter notre arrivée !

Haute vallée de la Romanche
L'Alpe de Villar d'Arêne
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