Initié dès mon plus jeune âge à cet esprit d'aventure par les récits marins de mon père et la carrière navale de mon grand-père, j'ai voulu découvrir le monde et les autres. Etre un conquérant, avec mon caractère un peu rebelle.
j'ai moi-même tracé ce destin en quittant mes parents pour passer le concours de l'Ecole des Mousses à Brest, un 7 avril 1975. Pas encore 16 ans, mais la ferme intention de partir vers de nouvelles aventures dignes de Marco Polo ou de Surcouf. j'ai pris le train direction Brest. Le Centre d'Instruction Navale accueillait l'Ecole des Mousses. Un bus bleu nous attendait à la sortie de la gare, nous le remplissions peu à peu et j'avais du mal à croire que ce n'était pas comme un départ de colonie de vacances,
L'Ecole des Mousses
Je ne raconterai que les faits marquants, car comment expliquer ce que j'ai ressenti, les joies, les peines, les frustrations et la solitude qui vous envahissent adolescent loin de chez vous, loin des vôtres et de l'amour de vos parents. J'ai voulu m'assumer très jeune mais je ne savaÎs pas ce qui m'attendait, comme la vie peut parfois être dure. J'ai pleuré souvent, seul dans mon lit, implorant Dieu, mes parents et tous les saints de me venir en aide.
Les inspections de chambre, de sac marin, le repassage, le lavage, les corvées, les cours, mais aussi la mer, la vraie, la dure que l'on découvre à l'oeil d'une formation maritime. Une année où je suis passé de l'adolescence à la vie adulte. j'ai été savamment éduqué par une formation scolaire, maritime et militaire avec des règles, des devoirs et où les droits sont réduits au minimum. Le système D tient une place prépondérante, mais les notions d'Honneur et de Patrie donnent une force hors du commun. L'idéal que je me suis forgé est devenu le moteur de ma vie, j'étais prêt à affronter les dangers et toutes les embûches pouvant surgir sur mon chemin. J'ai su tirer parti de toutes mes expériences, bonnes ou mauvaises, grâce aux quelques connaissances acquises à l'école, mais surtout à mes capacités physiques naturelles. Je tiens à remercier mes origines, dont je suis fier, et qui ne sont pas innocentes à ces quelques avantages.
C'est vrai, la Marine a su remplacer mes parents pour tout ce qui concerne la vie courante, j'y ai appris à être capable de m'assumer en tant qu'adulte. Mais j'ai perdu en amour, affection et tendresse, manque dont je serai toujours en quête. Pourtant je ne regrette rien, j'ai voulu ce destin pour découvrir la vie à travers les voyages.
J'ai du seul choisir mon avenir parmi un panel de spécialités. j'ai de l'admiration pour les métiers technologiques mais je n'ai jamais été attiré par ces filières. J'éprouve plus de fascination pour les meneurs d'hommes, les marins, les loups de mer, les soldats, où le physique est aussi important que la technique.
J'ai encore le souvenir des gradés qui nous encadraient en ordre serré lors des marches forcées, qui nous surveillaient dans nos dortoirs et animaient les séances de sport. Des athlètes dans leur tenue bien taillée, quelle allure, quelle prestance, martiales, imperturbables et solides comme des rocs. Cette image m'a obsédé pendant toute cette année au Centre d'Instruction Naval. je voulais leur ressembler et pour moi tous les moyens étaient bons.
Lors du choix de spécialité, mon classement m'a permis d'accéder au desiderata tant attendu par nous tous, jeunes qui recherchions un idéal: "Fusilier Marin". j'ai fait ce choix plein d'envie, avec un mélange de joie et de peur. je revois encore l'image de mon père en marin, le fusil sur l'épaule, et une fierté sans égale m'envahit.
L'Ecole des Fusiliers Marins
Le 1 er mars 1976, je suis parti à Lorient, Ecole des Fusiliers Marins, pour effectuer mon Brevet Élémentaire: nouvelle ville, nouvelle base, nouveaux amÎs. Serais-je à la hauteur, digne de mes anciens? j'avais la rage au coeur de faire mes preuves, malgré un peu de vague à l'âme. Brest me plaisait bien, j'allais quitter ma deuxième famille.
Tout un mythe, cette Ecole des Fusiliers Marins. Où avais-je mis le cap? C'était fini l'assistanat de l'Ecole des Mousses. j'avais à apprendre vite et bien, la démerde, car les hommes qui m'entouraient étaient pour la plupart plus âgés que moi et ne ressemblaient en rien à des ados. Le Fusilier Marin est un soldat, mais avant tout c'est un marin. Ma formation était ciblée sur son rôle: police des bases, des navires, troupes de marine embarquées. j'étais fier d'appartenir à la Marine Nationale" la Royale", moi, le fils d'émigré espagnol. je crois que le jour où j'ai réussi mon concours, un sentiment de fierté mélangé d'angoisse a traversé le coeur de mes parents.
Dès que j'ai appris qu'un Fusilier Marin pouvait devenir Commando Marine, je n'ai plus eu comme objectif que cette spécialité. Etre l'élite de la Marine Nationale, le descendant des Commandos Kieffer, la continuité de ces hommes qui effectuaient des raids en ligne ennemie lors de la seconde guerre mondiale. Quel honneur, quelle fierté! Nous avons été courageux, car je salue tous ces jeunes qui comme moi n'avaient pas encore 18 ans. Aujourd'hui, en raison de nombreux accidents, l'âge requis pour rentrer dans les Commandos Marine est de 18 ans.
Nous étions fous, nous étions durs, cet idéal du Commando Marine, ce mythe nous donnait des ailes, la force de nous surpasser, d'aller au-delà de nos limites, de sortir nos tripes pour gagner le fameux Béret vert et le badge numéroté, symboles de notre valeur. Les souvenirs les plus marquants restent pour moi les raids nautiques où le retour s'effectuait dans la vase, et les marches forcées où nous nous dépassions au-delà de nos forces. Que dire des inspections au torchon blanc lors des retours nautiques et des sanctions qui pouvaient en découler!
Cette formation est une des école de la vie et il est bien dommage que certaines méthodes traditionnelles disparaissent au profit de l'assistanat, qui ne peut apprendre aux jeunes à s'endurcir et s'assumer. Après mon stage Commando et Parachutiste, j'étais prêt à affronter tout entraînement, toute difficulté ou toute mission'qui pouvait arriver.
Le Commando de Montfort
Le destin est ainsi fait que le jour de la remise des Brevets Commando, la hiérarchie demanda qui voulait partir sur le champ avec le Commando de Montfort pour une mission de sept mois en Océan Indien. Il fallait un volontaire. Mes dix sept ans ne pesaient pas lourd, mais je me sentais fort et ne pouvais rater une telle opportunité. Le Commando de Montfort était le plus réputé à l'époque, composé de vieux brisquards, de vieux quartiers martres burinés par la mer et les missions, endurcis aux coups de main. Je ne savais pas forcément ce qui m'attendait, mais je les avais vues, ces gueules, ces têtes brûlées, des durs à cuire. Elle m'a toujours attiré cette vie d'hommes, de vrais, sans fioritures, sans chichis, sans manières. Ces hommes qui travaillent durement dans l'ombre pour leurs concitoyens, leur pays, leur idéal.
Le premier jour d'affectation au Commando de Montfort, encore vêtu de mon costume marin et coiffé de mon bonnet à pompon rouge, je me suis rendu au self pour déjeuner. Tous les anciens me doublaient dans la file d'attente et j'étais toujours le dernier une heure après. En entrant dans le réfectoire mon plateau à la main, j'ai lancé "bon appétit". Un ancien, tatoué d'un énorme dragon sur l'avant-bras gauche, s'est approché et m'a dit: "tu commences par effacer ton sourire, tu poses ton plateau et tu me fois 40 pompes". Le ton était donné! Je me suis exécuté, puis lui ai répliqué: "exercice terminé, paré à recommencer avec le sourire, quartier-maître".
Ma plus grosse surprise fut que le départ était très proche pour l'Afrique: Djibouti, l'océan Indien. Les nouvelles étaient graves dans cette partie du monde. Le Territoire des Afars et des Issas s'apprêtait à proclamer son indépendance après avoir été Côte française des Somalis. Djibouti voulait reprendre sa liberté dans une période trouble et euphorique, parsemée d'attentats. Néanmoins, j'étais heureux du voyage à travers terres et océans. J'étais persuadé que 1977 allait être une bonne année.
Partis de Brest, nous avons traversé l'Atlantique puis la Méditerranée pour atteindre Toulon. J'ai cru que mon voyage et ma vie basculaient lors d'une séance de sport sur le pont du navire. Atteint d'une violente douleur au genou droit, il a fallu m'hospitaliser à l'Hôpital Maritime de Toulon, puis celui de Lorient. Je crois que mon corps, vu mon jeune âge, a eu du mal à supporter la charge de travail que l'on nous demandait à l'époque.
RAID EXTREME DJIBOUTI
"SUR LES TRACES D'HENRY DE MONFREID"
A tous ces accrocs animés de paysages, de défis, d'aventures, d'exploits, de réussite, plein de volonté pour accomplir leur mission et atteindre leur idéal. A tous ceux qui ont le mérite de ne faire appel qu'à leurs propres ressources, leur résistance, leurs connaissances, leur intuition, leur motivation, leur générosité, leur esprit d'équipe, leur solidarité et surtout l'absolue nécessité de se mesurer aux éléments.A tous ces hommes qui n'ont pas d'autre alternative pour s'affirmer dans la vie que la victoire pour émerger de la masse, sortir de l'inconnu, de l'indifférence générale. Je tire mon chapeau et m'incline devant tant de sacrifice et de passion.